Techno En Vrac #06

Je lisais une vieille interview (1997) de Laurent Garnier quand je me suis arrêté sur ce passage : “Mon regret principal c’est qu’aujourd’hui la house et la techno sont devenues des industries, c’était plus spontané à l’époque. Il y a des morceaux que je jouais mais qui ne pourraient plus passer aujourd’hui. Les gens avaient plus d’humour et c’est vrai que le manque d’humour a enfermé le milieu techno dans un espèce de ghetto-intelligentsia un peu casse-couille. On pouvait se permettre de jouer des trucs italiens un peu kitsch qui faisaient vraiment sourire les gens. Aujourd’hui on te jette une canette de bière à la tronche si tu t’aventures à jouer de tels morceaux.”

 

Dans ma tête ça fait tilt, je repense à Robert Hood qui joue un remix de Destiny’s Child alors qu’il fait un set techno très pointu (36e minute) à l’Ostgut en 2001 (le club avant Berghain). Et puis je réfléchis et me dis: de tous les mix techno sur lesquels j’ai transpiré en soirée (ou en journée) combien se sont vraiment permis cette fantaisie ? Combien m’ont vraiment surpris ? J’y suis allé et les djs ont joué les sonorités que je voulais entendre (sauf Kenny Larkin qui décida de jouer de la tech-house, là c’était ennuyant, on parle d’être fantaisiste Kenny, pas de jouer de la tech-house). J’ai entendu des tas de bons morceaux, j’ai adoré ces soirées mais difficile pour moi de dire que le choix d’un morceau m’ait stupéfait. Bref, tout ça pour vous expliquer que je ne serais pas contre entendre Roni Size ou un vieux tube de la fin du millénaire dans un prochain set techno, ça me ferait sourire.

 

Allez, j’arrête de bavasser, place à la sélection.

Shawn O’Sullivan – Free Flight
Je trouve que ce morceau est une excellent entrée en la matière. Un morceau qui permet de captiver l’auditoire. Un morceau qui vous fait cesser toute activité pour vous concentrer uniquement sur le son qui envahit votre tête et vous fait rentrer en transe. Un morceau qui vous rendra sans doute, je l’espère, plus réceptif à ce qui suivra.

Benjamin Damage – Delirium Tremens
Léonard vous parlait de l’album hier, j’en remets une couche aujourd’hui. Lors de ma première écoute je n’ai pas du tout accroché avec ce morceau, il me faisait mal à la tête, je ne comprenais pas ce qui se passait, j’avoue ne pas avoir cherché à comprendre, je suis passé au suivant. Une deuxième écoute plus attentive et je découvre le basculement de la troisième minute, le renversement de perspective, la culbute. Les trois premières minutes d’une violente migraine liée à ce sevrage d’alcool s’évanouissent soudain pour laisser place à un terrifiant débordement d’énergie lors duquel mon poing se crispe et mon pied droit vient marteler frénétiquement le sol. Enfin c’est comme ça que je le conçois.

Trade (Blawan & Surgeon) – Touch This Skin
Si jamais il y avait une adaptation cinématographique un peu sombre de l’odyssée de Samus Aran à travers les cavernes du Magmoor et les mines de Phazon, je mettrais volontiers cette musique dans la bande originale. (Si vous n’avez jamais eu de gamecube, rassurez-vous, c’est normal que vous ne compreniez pas la référence.)

Shxcxchcxsh – Nnnccccrrhh
La techno à l’état naturel, non retravaillée, brute de décoffrage.

Ben Gibson – Ceased To Gasp
Allez, on va calmer tout ce petit monde avec quelques sonorités dub techno, de l’écho en veux-tu en voilà. Vous vous souvenez de votre pote Nico qui faisait tomber sa règle en fer sur le carrelage en 6ème pour faire marrer les copains et faire un vacarme de tous les diables ? Je pense que Ben Gibson a usé sensiblement du même procédé en projetant les jantes en aluminium de la Laguna de tonton Michel contre de gigantesques plaques de fonte sur le site des chantiers navals de St Nazaire et il en a enregistré les sons. C’est vraiment très réussi. J’adore. Je me demande juste pourquoi il est allé jusqu’à St Nazaire alors que l’anglais qu’il est aurait sans doute trouvé son bonheur à Plymouth.

Spherical Coordinates – SCMWY-03
Soyons sérieux six minutes. Rendons-nous à présent en Espagne pour saluer le travail de ce label, Pole, fondé par Oscar Mulero sur lequel vous avez peut-être eu le loisir d’écouter des morceaux de très bonne facture comme ceux d’Exium ou du fondateur en personne. Label à suivre si vous ne le connaissiez pas encore.

Prurient – Through The Window
Ca passe vite 17 minutes quand on est absorbé, on ne s’en rend même pas compte, on en demande encore. Les morceaux aussi longs et qui parviennent à me captiver à ce point sont rares, les artistes jouent clairement dans la cour des grands: Plastikman (20min), Burial (14min), Puresque (12min). Bravo. Le genre de morceaux qui laisse le temps aux DJs d’aller tranquillement s’acheter une galette-saucisse accompagnée d’une pinte pendant que le public ferme les yeux et se demande si c’est la musique ou la MD qui l’a mis dans cet état là.

Schizolectric – Is There Hope For You ?
Après une telle épopée il me semblait une fois de plus raisonnable de ralentir le rythme pour vous laisser souffler un peu. Audiofugitives, un label dont je suis tombé amoureux au hasard d’un chart de Norman Nodge. Ecoutez les morceaux sur Hardwax, cela fait partie des meilleurs productions que j’ai écoutées ces derniers temps.

Dadub – Truth
Il me paraissait difficilement concevable de ne pas inclure un morceau du dernier album de Dadub dans cette sélection. Stroboscopic Artefacts est un label à la frontière entre la techno et ce qui doit s’appeler le sound design, l’art de créer des atmosphères. C’est le genre d’albums que j’ai envie d’écouter confortablement installé, seul, dans un canapé en cuir noir, au milieu du Rex Club, les enceintes à leur volume habituel du vendredi soir. (Les mecs si vous me lisez je suis partant. Je peux même vous laisser une petite place sur le canapé.)

Bandshell – Perc
Ce rayon de soleil qui vient paisiblement vous rappeler que vous dansez depuis plusieurs heures déjà et que le jour se lève. Douceur et joie de vivre.

 

L’habituel bonus: Top ! Je suis un producteur de musique électronique japonais. Je me fais connaître en 2009 avec mon album “The Nothings of the North” qui fait grand bruit dans le petit milieu de l’electronica/ambient. J’ai joué autour du monde avec les plus grands. Mon dernier album All Is Silence est bien accueilli par la presse spécialisée. Je suis ? Je suis ? Go Hiyama ? Je dis non. Vous me dîtes ? Ametsub ? Alors là je dis chapeau ! 3 points pour Monique !

 

J’ai découvert ce producteur japonais assez récemment en fait via ce morceau du dernier album, j’ai écouté le premier depuis et effectivement il est très bon, je le recommande.

 

Retrouvez les playlists précédentes #05#04#03#02 et #01.

Timothée · Articles du même auteur · Facebook