Dance Your Ass Off (Salsoul Remixes)

Salsoul Records, le mythique label disco, fait son grand retour pour cette rentrée.
 

Depuis son déclin “officiel” à la fin des années 1970, la disco a droit à son récurrent revival et est mise à toutes les sauces. D’hommages de bon goût à d’autres moins glorieux, c’est incontestablement un des « styles » musicaux à la fois le plus brocardé et le plus réutilisé en musique électronique. S’il est parfois de bon goût de s’en moquer et de n’en relever que les aspects les plus caricaturaux (combien de soirées disco où les seuls éléments disco seront une perruque afro bleue et un best-of des Village People), la musique disco relève d’un esprit hédoniste, aux arrangements des plus travaillés rendant compte d’une atmosphère unique. Au-delà du visuel, la disco est d’abord une musique, un condensé d’influences diverses, qui a évolué au fil des producteurs, au fil des apports d’un duo comme Gamble & Huff, d’un Cerrone, d’un Giorgio Moroder ou encore d’un Patrick Cowley. C’est donc pour cela qu’il est très difficile et peu pertinent de décrire la disco, et encore moins sa recette. Différents sous-genres ont émergé, du philly sound à l’Eurodisco, du boogie à la Hi-NRG, animés d’une même âme, d’un esprit résolument vintage tout en étant qualitatif, ne se démodant que très peu avec le temps.
 
Cela explique en partie sa réutilisation fréquente en musique électronique et cela dès les années 80. Le sampling plus ou moins officiel de boucles discos a permis à ce genre de connaître une deuxième voire une troisième vie, notamment durant la période dorée de la french house (ou house filtrée), globalement située entre 1996 et 2002, héritée elle-même de la chicago house qui elle-même puisait sa force de la house et de la disco. Une grande famille, dont la descendance est riche mais pas toujours scrupuleusement officielle. En effet, les artistes qui s’en sont inspirés ont longtemps samplé les morceaux originaux de manière officieuse, et cela sans que les labels impactés ne réagissent réellement de manière visible. 
 
Près de 40 ans après la création de Casablanca Records ou Prelude, voyant l’influence et la popularité toujours présente de la disco dans la culture électronique, ces labels mythiques de l’époque, ayant perdu entre temps leur caractère indépendant, tentent de surfer sur la vague en proposant leur propre compilations de remixes, en demandant à la jeune garde de retravailler leurs catalogues plutôt bien fournis en tubes et en gimmick accrocheurs.

 

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Petit exemple avec la compilation Dance Your Ass Off édité par le label mastodonte de l’EDM américaine Ultra Music, qui semble désormais posséder les droits du très intéressant catalogue de Salsoul Records, considéré comme l’un des 5 plus grands labels discos de l’époque. Reconnu des connaisseurs et possédant des références incontestables telles qu’Inner Life, Loleatta Holloway et Instant Funk,ce fameux catalogue s’est tellement vu plagié depuis 35 ans qu’il était presque étonnant qu’une compilation de remixes officiels ne soit pas sortie avant. Pour la constituer, Ultra a fait appel à un certain nombre de producteurs disco-house en leur proposant un deal des plus attractif : remixer les grands classiques Salsoul de manière officielle, sans besoin de clearer leurs samples et en profitant de la puissance d’Ultra. En réalité, si certains tracks ont été réalisé pour l’occasion, certains des remixes proposés sont sortis il y a de ça un an, notamment les remixes réalisés par le duo WhiteNoize.

 

Ce duo originaire de San Francisco semble d’ailleurs être mis en avant par Ultra sur cette compilation, réalisant une introduction très efficace avec les excellents remixes de Love Sensation et Ain’t No Mountain High Enough, classiques parmi les classiques du label. D’autres producteurs se succèdent, tels que J Paul Getto qui signe trois remixes dont celui de I Like It Like That d’Inner Life qui devrait trouver sa place dans de très nombreuses playlists cet automne. On y retrouve également l’italien Federico Scavo, connu des habitués du label Hotfingers, qui signe notamment un remix rempli de groove de Do It to The Music, ainsi que le français Julien Jabre qui signe un remix de By The Way You Dance, qui par un mélange de vocaux disco spirituels, d’house progressive et de sons acids vaut l’écoute.

Certains remixes sont tout de même un cran au dessous, soit parce qu’ils pêchent dans la réutilisation des samples des originaux, soit parce qu’au bout 6 titres on comprend que les recettes utilisées resteront souvent identiques, tout en restant extrêmement efficace, tel le remix signé DJ Dande I Got My Mind Made Up. A noter également, un inédit signé Jessie Andrew, axé nu-disco qui sort du schéma type des tracks de la compilation.
 
Un sentiment de déjà vu pour les habitués du genre et de répétition pour les autres, même si on ne peut que se réjouir de voir ces remixes sortir de manière officielle, les noms de leurs remixers accolés aux légendes Salsoul. Il est nécessaire également d’aller écouter les originaux pour vraiment se rendre compte de la pertinence des originaux en 2013, et même si la recette filter house est éprouvée depuis longtemps, elle n’en reste pas moins un plaisir pour nos oreilles.
 
 
A écouter donc pour ceux qui voudraient savoir ce qu’il se fait dans le style en 2013, sans toutefois oublier d’aller googler les originaux qui restent clairement des must-have pour tous fans de disco et/ou de musique black en général.
 
EP disponible sur iTunes.
 
Salsoul Records: Website / Facebook

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