Review : Rone – Tohu Bohu

Comme prévu, Rone a sorti lundi dernier un nouveau petit bijou de la musique électronique.

On a eu une semaine pour l’écouter et on a probablement tous eu la même réaction au début : je ne pense faire hurler personne en disant que ça n’était pas ce à quoi on s’attendaitcette époque par exemple). Après le succès monstrueux de l’EP So So So l’année dernière, qui s’invitait à toutes mes soirées, qui m’a fait perdre le sommeil puis le retrouver, je me réjouissais de la sortie de l’album parce que je m’en faisais bêtement l’idée d’une dizaine de So So So ou de Nakt réunis. C’était oublier l’inspiration, le talent et la fougue de notre ami Erwan.

 

Premier élément frappant : les beats. Beaucoup plus présents et extrêmement travaillés, ils révèlent un lien fort que Rone possède avec ce qui se fait du côté de chez Warp et s’inspire très librement de tout ce qui se fait de manière générale entre le hip-hop et la techno (je pense à Beast qui n’attend plus qu’une bonne punchline, n’est-ce pas ?), comme il avoue dans son interview (que vous devez avoir déjà lue). Qui l’aurait cru ? Mais c’est en même temps, nous semble-t-il, le côté techno de Rone : la confection des beats est capitale. Il y a beaucoup à écouter rien que de ce côté-là car chaque mesure est différente.

 

Après le beat … tout le reste. La mélodie, les harmonies, les couleurs. C’est là qu’on est bien content de reconnaître notre Rone. Il y a dans cet album une réelle recherche de composition, plus que le déroulement d’une même idée pendant cinq minutes. On aime les dissonances un peu flippantes, les contrechants qui oscillent entre plusieurs modes, qui sonnent comme les spectres qui passaient dans mon jardin au crépuscule quand j’étais petit, comme dans Fugu Kiss (“le baiser du diodon”, c’est pas beau franchement ?). On aime moins certaines phases de recours systématique à l’accord parfait, comme dans Parade par exemple, qui rappelle d’ailleurs beaucoup Nakt quand on y pense. Pas étonnant que ce soit ce titre qui soit sorti en preview, car sinon tout le monde aurait probablement été dérouté.

 

Il faut enfin mentionner l’importance des collaborations. Avec Bora et la voix extraordinaire d’Alain Damasio que l’on connaît à présent tous par coeur, on a bien compris que c’était son truc, et c’est confirmé à présent par le featuring de High Priest d’Antipop Consortium ainsi que celui du violoncelliste Gaspar Claus. Un écrivain, un MC et un violoncelliste, trois collaborations qui n’ont rien à voir entre elles et produisent quelque chose de totalement nouveau à chaque fois. On ne peut y voir qu’une grande ouverture d’esprit, donc une grande richesse musicale.

 

Voici la tracklist complète :

1. Tempelhof
2. Bye Bye Macadam
3. Fugu Kiss
4. La Grande Ourse
5. Beast
6. Let’s Go (ft. High Priest)
7. King Of Batoofam
8. Parade
9. Icare (ft. Gaspar Claus)
10. Lili…Wood

 

Permettez-moi de faire une petite parenthèse.
Mettons les choses au clair : La Grande Ourse EST le meilleur titre de l’album. Je ne sais pas vraiment comment, avec quoi ni avec qui il travaille, mais je soupçonne les voix d’enfants d’être passées par un spatialisateur, un décodeur binaural ou quelque chose dans ce goût-là, c’est à dire quelque chose qui recrée l’impression d’espace 3D sur un système stéréo. En réalité toute la piste joue avec le panning, avec l’espace, et j’ai totalement l’impression de flotter au milieu du firmament, avec tous ces beats imprévisibles et magnifiques. Les voix d’enfants sont mystérieuses car on ne parvient pas à les situer dans un espace. Elles nous parviennent de face et de l’arrière à la fois, leur dimension nous échappe. J’aime que le morceau commence par un son de téléphone qui se “mélodise”. Un grand bravo.

 

Je ne vais évidemment pas m’étendre sur chaque piste de l’album, car chacune mérite une écoute attentive. Mentions particulières néanmoins à Bye Bye Macadam pour son beat bien franc, à Tempelhof pour ses intrications complexes, à Lili…Wood pour son côté presque drum’n bass, à Let’s Go pour la collaboration avec High Priest (dont vous pourrez retrouver l’histoire dans notre interview), à Icare parce que ça change et à Fugu Kiss dont le titre me fait bien rêver.

 

Couleurs, formes, espaces. Des styles variés, une musique riche à tous les niveaux, et un album qui finalement porte bien son nom. Il fait preuve d’une grande nouveauté mais dans lequel on peut retrouver l’artiste qu’on aime tant. Que faut-il de plus pour pouvoir conclure que c’est un album réussi ? On attend le troisième, là, hop hop hop.

 

Si vous n’avez pas encore lu l’interview, c’est ici : INTERVIEW.

 

Rone : Facebook, Soundcloud, Residentadvisor, Infiné
Tohu-Bohu : Discogs, Juno, iTunes

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