Review : Minilogue – Blomma

2013 fait encore plaize : Le duo suédois Minilogue sort Blomma, son second album chez Cocoon.
 

Sebastian Mullaertt et Marcus Henriksson ont commencé à collaborer en 1997. Le premier est doté d’une éducation musicale plutôt classique, le second a eu les mains dans le cambouis dancefloor depuis le début. En 1999 naissait Minilogue. Leur premier album Animals, sorti en 2008 chez Cocoon également, a cette structure en “mix continu” (qui m’énerve un peu d’ailleurs, parce qu’un morceau doit se suffire à lui-même, et on doit pouvoir lui donner un début et une fin, mais passons) qui colle bien avec son côté deep.
 

On commence par un remix d’un titre de leur premier album qui m’a fait les découvrir :

 

Alors qu’Animals possède 25 pistes de taille normale (répartis en un Dance CD et un Ambient CD), Blomma en possède huit (et encore, pour la version LP) … démesurés : 10, 12, 18 … 45 minutes ! C’est que le projet est ici totalement différent : Place à l’expérimentation, en dehors des formats classiques dancefloor. Minilogue ici sont plutôt du côté recherche que production. Je trouve d’ailleurs cet’album plus sensible et varié que le précédent. Même si Animals est un énorme kiff aérien ultra-léché, tant le “Dance CD” (disque 1) que l’ “Ambient CD” (disque 2), et que si vous ne l’avez pas encore écouté grouillez-vous.
 

(Playlist ordonnée des titres de l’album disponible en bas de page)

 

Blomma : fleur en suédois. Floraison, croissance, épanouissement, création ? Ou bien une fleur comme dans Les Fleurs Du Mal, un poème, qui meurt quand on le cueille et que l’on jette immédiatement. C’était le moment pédant. Restons les pieds sur Terre : les pistes sont particulièrement longues, et le projet est en fait de considérer chacune d’entre-elles comme un one-shot, sans post-production, résultat de ce qui a pu être enregistré sur le moment en studio.
 


 

De même que pour leur premier album, la séparation disque 1 – disque 2 est marquée par une volonté de séparer dance – ambient. Parlons un peu du second disque, car c’est probablement le plus intéressant : “E de nån Hemma?” (dont je n’ai pas trouvé la signification, voir stupides résultats Google Translate) dure 45 minutes. Il peut s’en passer, des choses, pendant 45 minutes. On traverse en réalité différents paysages sonores assez décharnés qui semblent être dessinés à l’improviste au fur et à mesure qu’ils se déroulent. L’improvisation est probablement un terme qui entre en jeu ici : dans les interventions successives des diverses lignes instrumentales, les jeux musicaux sont très similaires à ceux du jazz. Les instruments choisis sont parfois très classiques (piano, percussions acoustiques ou orgue synthétique par exemple) et répondent véritablement aux codes du jazz : accords de septième et lignes solo improvisées. Les deux autres pistes du second disques sont également marquées par ce côté comportements-jazz-sur-fond-technoïde.
 


 

Le disque 1 est composé de 5 pistes plus destinées au dancefloor, mais de manière moins évidente que dans leur premier album. Elles possèdent toutes une saveur particulière et j’ai encore du mal à trouver certaines meilleures que d’autres. La touche techno/deep est assez discrète et laisse place à des profondeurs travaillées et à des événements sonores élégamment articulés. Existensberättigande sort un peu du lot pour sa touche dancefloor plus affirmée, mais également très bien réalisée.
 

 

Ce qui ne change pas, c’est ce côté aérien et ces textures lisses. Un goût prononcé pour le minimalisme, qui n’est pas pour me déplaire, rend cette musique transparente et authentique.
 

 

Minilogue s’est toujours placé dans l’ambivalence des deux genres ambient – dance, mais plutôt que de se placer entre les deux, ils préfèrent faire les deux, délimiter explicitement les deux territoires, et ce nouvel album ne fait pas exception. C’est appréciable car c’est très explicite : la structure de double-album et les longues pistes aux frontières bien définies de Blomma, tout cela ne ment pas sur leur projet ni leurs aspirations. C’est assumé, honnête et évident, et ça ne pisse pas plus haut que le cul de mémé dans les orties (ou quelque chose comme ça). De tout cela transpire l’évidence d’un trop-plein d’inspiration de la part des deux artistes pour les formats actuels de l’industrie du disque. Une fois qu’un morceau comme ça est lancé et qu’il dure déjà 20 minutes, il n’y a aucune raison qu’il s’arrête, ni maintenant ni dans les dix prochaines heures. L’aspect général de Blomma est un album sans début ni fin. C’est seulement une petite fenêtre sur le monde créé par Sebastian et Marcus, une vue d’à quoi ce monde ressemblait au moment de la prise de son. Depuis, il a probablement continué d’évoluer et a encore changé d’aspect.
 


 

TRACKLIST :
 

Disque 1
1. Everything Is All You’ve Got
2. Atoms With Curiosity That Looks at Itself and Wonder Why it Wonders
3. Forgotten Memories
4. Existensberättigande
5. Nor Coming Nor Going
 

Disque 2
1. E de nån Hemma?
2. Mellan Landet
3. Evaporerar ut från sitt Gömställe
 


 

BONUS 1 : Ce récent live, serti de pistes du nouvel album, vous transportera probablement très loin.

BONUS 2 : Sur la face B de leur EP Doiicie sorti en 2008, on peut entendre une jolie variation sur le script du film The Discipline Of D E” de Gus Van Sant. Surely this is the easy way.

Minilogue : Soundcloud, Facebook
Cocoon : Soundcloud, Facebook

Léonard · Articles du même auteur · Facebook