The Toxic Avenger


Photo : http://www.estebanwautier.com/


On a rencontré Simon Delacroix, 29 ans, aka The Toxic Avenger, à l’occasion d’un live à Lyon, au Ninkasi Kao, en Novembre dernier. Ce producteur/DJ qui a grandi au son du métal nous raconte son parcours du Maroc jusqu’à Los Angeles, ses impressions sur l’industrie musicale et des anecdotes sur les clubs et artistes qu’il fréquente.
 

 
Cette interview sera ponctuée d’une sélection de quelques uns de ses meilleurs morceaux. On commence avec Angst On feat. Something A La Mode tiré de son dernier album : ANGST.

 
Si tu devais écrire ta biographie en quelques lignes, quels en seraient les chapitres ?

Wow ! Quels en seraient les chapitres ? Hum… à la Rocky tu sais ! (il réfléchit) Conquête, Chute, Reconquête éventuellement… Depuis le départ je ne comprends rien. A la base je suis juste un mec qui jouait de la musique dans sa chambre et qui a mis ses morceaux sur Myspace. Plusieurs labels m’ont contacté, dont Iheartcomix chez qui j’ai été parce qu’il y avait des groupes que je préférais. Ensuite, j’ai été les voir pour faire mon album, je suis arrivé sans rien à leur montrer, et leur ai demandé 40 000 euros de matériel et une maison au Maroc pour faire mon disque. Et ils ont accepté !
 
On m’a toujours permis de faire exactement ce que je voulais faire. Pour mon morceau avec Orelsan, on s’est dit « Viens, on va à Los Angeles pour tourner le clip, il y aura vingt bonnes meufs ». Tout se déroule comme ça.

 

C’est plutôt comme un rêve éveillé alors ?

Oui carrément. Tant que ça continue, tant mieux, c’est bien, sinon j’irais faire autre chose. Jusqu’à présent j’ai plutôt eu de la chance.

 
Y a-t-il des lieux qui t’ont plus marqué que d’autres ?

Il y en a un oui, je crois que c’était à Toronto. C’est le plus grand club que j’ai vu, il y avait des escalators à l’intérieur. On n’a pas ça chez nous ! Les escalators et les chiottes constituaient une espèce de chambre mortuaire avec des tiroirs, là où on met les cadavres normalement. Tu avais donc un DJ dans les chiottes… Il y avait aussi des murs d’enceintes ou plutôt, des colonnes de dix mètres de haut pour les enceintes. Les mecs vont loin !

 
Et un festival ?

Le Printemps de Bourges, c’était énorme ! Je suis hyper timide donc je ne regarde pas la foule quand je joue mais j’entends le bruit. Et là, ça avait l’air assez énorme, donc j’ai levé la tête et j’ai vu 6000 personnes les bras en l’air. C’était impressionnant ! C’est aussi dans ce genre de moment qu’il faut rester les pieds sur terre parce que ça n’est pas naturel, c’est fou de se retrouver sur une scène devant des milliers de gens. Bon, j’ai aussi fait des concerts de merde qui te remettent en place… D’ailleurs, si je commence à me la raconter, ma meuf me dit : « ma mère ne sait pas qui tu es, donc tu n’es personne. » En quelque sorte c’est vrai, demande à n’importe qui dans la rue, personne ne me reconnaît parce que c’est le monde de la nuit.

 

 
Après avoir fait ton live, tes concerts, quelle expérience en retiens-tu ? As-tu amélioré des morceaux depuis ?

Mon équipe de production est la même que celle qui gère le Social Club à Paris, donc il est facilement à notre disposition quand on veut répéter la journée. Dès qu’il y a quelque chose à corriger sur les morceaux, on y passe deux ou trois jours pour régler tout ça. Et en effet, depuis Bourges, on s’est amélioré pour le live, on a rajouté des morceaux, on en a enlevé d’autres, etc. Forcément, on n’est pas toujours bons au premier essai et on s’est planté plein de fois. Les morceaux que je fais seul ne sont pas adaptés pour le live, il faut toujours les retravailler.
 
On a donc fait un live qui serait un bon mélange entre le Rock et l’Electro. Il y a aussi des moments plus calmes dans le live parce que j’y tiens. J’ai besoin que ça fasse des vagues. Regarder et écouter un groupe qui bourrine pendant une heure c’est épuisant.

 

Qu’en est-il du prochain album ?

J’ai commencé à le bosser un peu mais je ne sais pas encore l’angle que je vais adopter. Je commence toujours par des mélodies, j’en ai plein qui sont assez chouettes mais je ne sais pas encore comment je vais les arranger. J’ai le fond mais pas encore la forme. On verra !

D’après nos dernières infos, Toxic démarrera la production de son nouvel album d’ici fin mars !

 
Est ce que ta méthode de production va changer ?

Pour le premier album, j’ai utilisé beaucoup d’instruments que j’ai samplé. Là on a acheté du matériel pour le live que je vais d’abord utiliser chez moi, cela va donc forcément changer ma façon de voir les choses et m’influencer un peu.

 
Y aura-t-il alors plus d’influence rock sur le deuxième ? D’après ce que j’ai compris, tu écoutes plus du Rock chez toi que d’Electro.

Oui, je n’écoute quasiment pas d’Electro… Pour le nouvel album, je vais essayer de ne pas me poser trop de questions et de sortir ce qui me plaît. J’ai fait le premier album pour moi et je vais faire de même pour le deuxième. Tant mieux si des gens l’achètent, de toute façon, ce n’est pas une musique qui vend des palettes de disques. Les bons disques Electro qui se vendent beaucoup, cela n’existe pas ! Même Justice par exemple, leur premier album a vendu plus que d’autres mais ce n’était pas fou. Enfin tant mieux, il vaut mieux que ça ne se vende pas. On est libéré de la pression et on sait qu’il y a toujours un noyau dur qui achète nos disques. Pas besoin de se dire qu’il faut qu’il y ait des morceaux pour la radio etc.

 

J’ai pourtant l’impression qu’il y a de plus en plus de personnes qui s’intéressent à ce milieu là et qui écoutent de la musique électronique…

Oui bien sûr qu’il y a plus de monde qu’il y a cinq ans, c’est évident ! Quand j’avais 18 ans, mon truc c’était le Metal. J’écoutais Korn, Deftones, tous ces groupes… Aujourd’hui, j’ai l’impression que l’Electro est un peu ce qui a remplacé le Metal chez les jeunes de 15-18 ans. Et si j’étais de votre génération, c’est exactement la musique que j’écouterais. Même en club le public a rajeuni. Donc effectivement il y a plus de gens. Mais une partie de l’Electro a été mal récupérée, je vais pas repasser sur Guetta… Regarde le top 50 aujourd’hui, ce ne sont que des sons à la Guetta ! Que ça. Même les artistes qui étaient intéressants avant se sont « guetta-ifiés ». C’est la « Guetta-isation » de la musique. Ça fait vieux con de dire ça mais quand j’étais jeune, dans le top 50, il y avait de la merde mais aussi des trucs chanmés. Et ce n’était pas une question d’être commercial ou pas. Mais là, tous les morceaux du top 50 c’est du Guetta, c’est uniforme, il n’y a plus de risques. Les radios prennent zéro risque, c’est comme ça aujourd’hui. Avant ils passaient Nirvana, maintenant cela n’existe plus, c’est dommage.

 

Maintenant on se demande comment vont finir les gens s’ils commencent avec David Guetta !

Après moi aussi j’aurais très bien pu écouter I Like To Move It parce que c’était n°1 à l’époque, mais comme plein d’autres gens, je me suis intéressé aux cultures alternatives. Et cela continuera, aujourd’hui tu as des gamins de 12 ans qui écoutent Aphex Twin et qui trouvent ça chanmé. Il y en a plein qui le font et il y en a plein d’autre qui malheureusement ne le font pas, parce qu’ils n’ont pas forcément la clef. Si tu habites à la campagne et que tes parents t’ont pris la tête avec Michel Sardou toute ta jeunesse, cela n’incite pas à voter à gauche et à t’ouvrir aux cultures alternatives. Les miens m’ont fait découvrir plein de choses et puis j’habite à Paris, j’ai vu et découvert plein de trucs. Si j’étais né à 300km d’ici, aujourd’hui j’irais au concert des Black Eyed Peas en me disant que c’est énorme.

 
Heureusement aujourd’hui avec Internet, on peut trouver des choses sur lesquelles on ne serait jamais tombé sans l’émergence des blogs et des sites spécialisés ! Même à 300km de Paris…

Oui c’est sûr ! Internet c’est vraiment bien pour ça, en effet, mais il a deux aspects. Il a créé une génération mutante où tout le monde fait de la musique. Du coup, ça nivelle vers le haut mais aussi vers le bas. N’importe quel trouduc peut se retrouver blogué avec des millions de vues sur SoundCloud parce qu’il aura fait un espèce d’edit pourri de Mr Oizo, en disant « vous êtes des enculés » au lieu de « vous êtes des animaux » et tout le monde va trouver ça génial. Là où ça nivelle vers le haut, c’est quand tu retrouve des trucs que tu n’avais pas écouté depuis des années. Le net est à double tranchant.
 
Je l’ai dit dans pas mal d’interviews, je sais que mon skeud ne va pas se vendre à des millions de disques et je m’en fous qu’on le télécharge, mais s’il est écouté, au moins je suis content. Tant mieux si les gens peuvent l’écouter, quitte à ne pas le payer. Bon j’ai quand même un fils, si tu peux donner… (rires) Et mon premier disque est aussi sorti à une période où il était de très bon ton de cracher sur ma face, à cause de mon morceau avec Orelsan. Comme dans toutes les carrières, « C’est commercial » est l’argument de 90% des gens qui te voient réussir à faire ce que tu voulais. C’est très français. Mais je trouve ça débile parce qu’effectivement c’est commercial, je le vends et ça passe à la télé ! Moi j’en suis fier de ce disque, je n’ai pas cherché à le faire sonner Dubstep ou Minimale ou Tropicale pour rentrer dans le truc. Je fais la musique qui me plaît, même si elle a 2 ans.

 

 

Dans ton dernier remix (Age Of Consent – The Beach) on perçoit une sonorité Dubstep. Que penses-tu de l’engouement actuel pour cette scène ?

Ce que j’en pense ? Si j’entends un morceau de Dubstep dans un club, je hoche la tête, c’est comme ça. Seulement un ça va, mais douze c’est chiant. Et à propos du remix, encore une fois, je fais de la musique pour moi, pour me marrer. Je me suis dit que j’allais essayer un truc Dubstep pour voir. Résultat c’était moyen, mais j’ai essayé et cela m’a fait marrer. Je ne me pose vraiment pas trop de questions, c’est peut être une mauvaise chose de pas se demander comment on va être perçu mais si je ne m’amusais plus, j’arrêterais de faire ça.

 

Puisqu’on parle Dubstep, on a entendu dire que tu écoutais Korn avant, or il va sortir son prochain album auquel Skrillex participe. Vous vous connaissez ?

J’ai rencontré Skrillex il y a environ cinq ans quand il avait un groupe d’emo, on était souvent en contact, il habitait à Los Angeles, peut-être toujours aujourd’hui. Il n’y a pas longtemps, on se revoit et il me dit qu’il est en train de monter un truc Electro. C’était à Miami ou à Austin. Il me fait écouter un truc et me dit qu’il a découvert je ne sais plus quel plugin. Bref, le mec est un ouf. En dehors de l’aspect – on aime ou on n’aime pas ce qu’il fait – c’est un mec qui vit, qui vit parce qu’il a beaucoup de succès. Techniquement c’est juste ouf. Il a vraiment inventé son style. Tu reconnais direct un morceau de Skrillex. C’est ouf de faire ça, d’avoir une vraie signature. Il a grimpé comme ça. Un autre jour je le vois et il me dit qu’il a été en studio avec Korn. Or ce sont mes idoles de jeunesse ! Ce qui arrive à Skrillex est dingue, même lui ne le comprend pas ! (rires) Tant mieux pour lui, il le mérite, il a inventé un son, techniquement il est fort et il fédère beaucoup de gens !

 

Quant à toi, as-tu des collab’ dans tes projets à venir ?

Oui je fais l’album de Lexicon bientôt. Je fais aussi celui de ma meuf qui s’appelle « Simone elle est bonne ». Et puis on va encore faire des trucs avec Orelsan parce ce qu’on s’aime bien et qu’on a envie de retravailler ensemble. Mais peut être que ce sera super en « scred » ou avec d’autres noms. Orel avait même pensé à chanter en anglais…
 
Pour l’album de Lexicon, au départ, on voulait appeler ça « Michael Jackson ». On s’est dit « c’est pas une marque déposée, c’est juste un nom et un prénom ». Au final on appelé ça « Sex Robot » à cause d’un sketch d’une série américaine débile. Dans tout les cas, on fera tout sauf du Hip-Hop. Je ne sais pas ce que ça va donner. Il faut déjà que tout le monde arrive à se caler. Orel est disque d’or, moi je tourne et les gars de Lexicon sont là six mois dans l’année. Mais on a tous envie de le faire et on va le faire. Je ne sais pas encore quand exactement.

 

 
Quelle est ta playlist du moment ? Est-ce que tu as découvert des artistes ou des nouveaux trucs ?

J’écoute très peu d’Electro, sauf le dernier Birdy Nam Nam que je trouve hyper bien ! Leur album (Defiant Order ndlr) est bien mieux que celui d’avant ! Sinon, je suis beaucoup marqué par les groupes des années 70, par la manière dont les mecs des années 60-70 imaginaient le futur en musique. Il passe une musique du groupe Space, “Magic Fly” et commente : « ce genre de musique avec 2, 3 synthés ou encore les sons à la Grandmasterflash : c’est le futur ! Ma mère me racontait qu’elle écoutait Kraftwerk quand elle était jeune et elle me disait que mes grand-parents voulaient pas qu’elle écoute ça parce que c’était la musique du diable. Les synthés, les voix de robots, c’était tellement futuriste… Je trouve cela vraiment fascinant, imaginer le futur avec des synthés. »


 
Quand tu fais de la musique, tu t’inspires de sons d’avant ? D’ambiances ? De musiques de films ?

Plutôt de films. La musique d’avant, même si elle m’inspire moins, m’inspire aussi. Ça c’était le futur et pour moi, ça sonne encore comme le futur. Et le groupe Space, ce sont vraiment les ancêtres des Daft, ils étaient en costume de cosmonautes sur scène et il fut un temps où tout le monde a essayé de recréer l’esthétique de ce clip.

 
Sur ton album il y a quatre morceaux nommés Angst qui en sont les piliers. Comment as-tu eu cette idée ?

Ces quatre Angst ne forment qu’un seul morceau, qui était trop long, je l’ai donc coupé en quatre. Il est plus difficile d’accès que les autres parce qu’il n’a pas vraiment de vocaux. On ressent bien que c’est le morceau le plus Electro du disque.
En ce qui concerne ce disque, il est arrivé à un moment où il était de bon ton de cracher sur ma gueule, notamment à cause du morceau avec Orelsan, jugé trop commercial à cause des vocaux ou parce qu’il passait à la télé. Je trouve ça ridicule, typiquement français de critiquer la réussite des gens.

 
Comment digères-tu les critiques au sujet de ton album ?

Je les aurais mal prises si je n’avais pas été content de ce que j’avais fait. J’ai pris comme postulat sur ce disque de faire un album ultra sincère, qui me ressemble. Quand j’ai reçu des critiques, je me suis dit qu’ils n’avaient pas compris le disque ou que les gens étaient trop dans le délire « c’est le son d’il y a 2 ans ». Mais je m’en fous vraiment. Donc ce n’est pas grave, je ne le prends pas mal. Cela m’a permis de changer un peu de public.
 
J’ai aussi eu des critiques positives. Par exemple dans les Inrocks et comme ils sont sévères j’ai attendu bien une semaine avant de lire l’article ! Cela m’a ouvert à d’autres personnes qui sont moins dans le milieu Electro. Ce que je recherche quand je fais de la musique, ce sont d’abord de belles mélodies après je me demande si c’est efficace ou si c’est dans l’ère du temps. Peut-être que mon deuxième disque sera un retour en arrière et encore plus démodé mais ce n’est pas grave ! J’ai quand même un petit noyau de gens qui me suit et qui comprend ce que je veux faire. Et grâce à eux, je ne me sens pas seul.

 
 
Je vous propose de compléter cette interview et d’en découvrir encore plus sur cet artiste en visionnant ce documentaire de 30 min qui lui est consacré :

 
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