Rone


Photo : Pascal Montary

 
Lors de la release party de son 2e album, intitulé “Tohu-Bohu”, nous avons eu le privilège d’interviewer le brillant artiste Rone, signé chez Infiné, le label d’Agoria. L’opportunité de réaliser cette interview nous a été donnée par Maxime du magazine Kiblind, avec qui nous avons partagé les questions.
 

 
Afin d’accompagner la lecture de cette interview, des lecteurs seront disposés au fil du texte avec une sélection de certains des meilleurs morceaux de Rone.
 

 
T’as déjà joué Tohu-Bohu à Paris. Ça s’est bien passé ?

Ouais c’était super cool, c’était un peu chelou parce que c’était à 9h et demi, c’était hyper tôt, et à Paris. Donc Paris à cette heure là tu vois… Je me disais ça va être dur, les gens vont sortir de table ils seront en pleine digestion mais en fait non, c’était super cool, à un moment donné il y a eu une perte de temporalité donc c’était cool !

 
Et puis à la Gaîté Lyrique c’était peut-être un bon moyen de commencer, c’est pas forcément comme ici quoi.

Oui, c’est ça ! Et puis là on essayait pour la première fois un truc de scénographie, et ça envoyait pour faire ça, parce qu’ils ont le matos et puis c’est un peu l’idée du lieu justement, le fait que ce soit tôt tu peux commencer ton live très calmement, rajouter de la vidéo.

 

C’est ce que tes collègues de Spitzer me disaient, ils n’ont pas encore un live aussi calé que le tien et ils aimeraient bien faire un live plus posé, plus calme.

C’est bien de savoir que tu peux le faire. Par exemple là demain je joue à Rennes, vers 4h du mat’, mais je suis hyper content, j’ai besoin des deux. C’est bien de pouvoir faire les deux, ça serait un peu chiant que mon live doive être calé à un horaire précis, tu peux t’adapter et c’est cool.

 

Du coup ton live il peut changer…

Oui, il peut évoluer. Mais quand même, ce que je m’étais promis quand je bossais ce live, après avoir fini le 2e album, c’est que j’aimerais bien arriver à faire un live qui soit assez cohérent, c’est-à-dire qu’on reconnaisse des choses de l’album et qu’en même temps ce soit un peu différent, que je réinvente l’album sur scène. Et aussi avoir un live que je peux jouer partout, pas juste une version de début de soirée et une autre à 4h du mat où il faut que ça envoie etc… Je me disais que ça serait cool de faire un truc que tu peux jouer n’importe quand. Il peut évoluer quand même, mais il y a une base qui, j’espère, fonctionne à n’importe quelle heure.

 

Il est à l’image de ton album justement, écoutable chez soi ou dans un cadre de soirée.

C’est ça, c’est toujours cette même idée, que ce soit possible de l’écouter à la fois dans le lit avec ta nana et dans un club avec plein de potes bourrés autour de toi. Ça c’est l’idéal quoi. Enfin, je trouve ça intéressant.

 

Comment tu l’as bossé ce 2e live ? C’était obligatoire de passer à autre chose ?

Alors en fait il y a un truc génial, c’est que c’est un vrai kif de bosser ça finalement. En fait, c’est hyper facile de commencer un morceau, t’as plein d’idées qui surgissent, tu commences à te dire c’est génial ça va être une tuerie et tout. Mais la vraie difficulté c’est de le terminer, de dire « voilà, le morceau est fini ». Maintenant j’ai mon petit stratagème pour arriver à finir un morceau. Avant, je me disais toujours que ça pourrait aller plus loin ou que j’aurais pu faire autre chose etc, mais là j’arrive à les finir parce que de toute manière, le morceau, je pourrais toujours le réinventer sur scène. Si, d’un coup, j’ai envie qu’il sonne plus hip-hop, plus ci ou ça, je me dit « fixe le, le morceau est là, tu pourras le réinventer. » Le live c’est ça, j’ai repris les mélodies, les gimmicks, les trucs de base, mais je les ai retravaillés différemment, c’est comme si je m’étais remixé moi même.

 

 
On en est déjà au 2e album ! Est-ce que l’album c’est un format qui te plait ?

Ouais ! Pour le premier c’est allé hyper vite. Je ne pensais pas faire de la musique, je n’avais aucune ambition là dedans, je ne me suis pas battu pour faire de la musique, en fait j’ai eu pas mal de chance parce que j’ai été repéré comme ça par Agoria et par InFiné, et ces gens là m’ont vachement donné confiance en moi parce que j’étais persuadé que ce que je faisais c’était de la merde. Enfin, quand je le faisais dans ma chambre, j’étais un dieu quoi, mais dès qu’il s’agissait de le faire écouter à une personne, c’était pas possible. Donc ils m’ont donné de la confiance, mais aussi des coups de pied au cul en me disant « bon, maintenant il faudrait peut-être faire un album » et après, moi quand j’ai fini le premier j’étais « Ah c’est cool, j’ai fait un disque ! » et tout de suite ils m’ont dit qu’il faudrait peut-être en faire un deuxième. C’est cool parce que finalement j’ai besoin de cet encadrement là. C’est parfait parce qu’ils me laissent complètement libre artistiquement mais je suis quand même bien encadré, c’est comme s’ils me surveillaient de loin. Du coup c’est l’association idéale pour moi parce que je ne suis pas complètement seul si je commence à me morfondre en me disant que ce que je fais est nul. Peut-être que j’y arriverais sans eux, mais en tout cas c’est hyper stimulant ! Enfin quand je dis qu’ils n’imposent rien… ils n’imposent rien mais ils proposent beaucoup !

 

Comment ça se passe du coup avec les autres artistes d’Infiné ? Vous vous stimulez beaucoup entre vous au niveau de la production ?

Pas tant que ça finalement. Bon, maintenant on se connaît tous plus ou moins quand même, on s’est tous croisé dans des soirées etc, je les aime beaucoup mais après ça serait mentir que de dire que c’est une petite famille, qu’on fête tous Noël ensemble qu’on part en vacances ensemble et tout, c’est pas vrai. Par contre, on s’échange des mails, moi par exemple je reçois des morceaux et puis on en discute comme ça. Mais au niveau de la production pas tant que ça. On s’encourage, on se félicite, mais ça va rarement au-delà. Et puis on ne se voit pas énormément, on est tous dispatchés géographiquement. Enfin sauf Clara Moto qui habite à Berlin et avec qui on va se prendre des petits verres de temps en temps. Mais c’est un rapport un peu différent parce que c’est une voisine et qu’on a beaucoup tourné ensemble.

 

Tu vis actuellement à Berlin mais on ne sent pas vraiment que tu te sois inspiré du cliché du son berlinois du moment. Ça veut dire quoi, qu’il y a une scène indé qu’on ne connaît pas encore et qui correspond à ce mouvement là ou alors t’as pris du recul par rapport à ce son ?

C’est un peu les deux. Déjà, à Berlin, c’est clair qu’il y a une scène très forte, très puissante, que j’aime beaucoup d’ailleurs, c’est toute la scène du Berghain, Ostgut, tous ces sons là Ben Klock, Marcel Dettmann et tout ça – que je connaissais déjà avant d’arriver à Berlin –, c’est vrai que ça prend toute sa dimension quand tu vas au Berghain et que tu te prends 6h de set de Marcel Dettmann. Ça met une claque. J’étais assez fasciné par ça et en même temps, rapidement, je me suis dit « c’est super, mais c’est pas moi du tout, c’est pas mon son » et je me suis dit tout de suite « surtout, n’essaye pas de faire la même chose. » Enfin je dis ça, mais la vérité c’est que j’ai essayé ! En sortant de 6h de set de Ben Klock, je suis arrivé en studio et puis j’ai essayé de faire des trucs comme lui… Mais, à un moment, je me suis dit « mais, qu’est-ce que je fais là ? c’est pas moi ». Et du coup ce qui est drôle c’est que ça m’a permis d’affirmer mon style. On se cherche toujours un petit peu et par contradiction, en me disant que c’était pas ça que je voulais faire, ça m’a permis d’affirmer autre chose, un autre style. Et quand je disais que les deux réponses étaient vraies, c’est qu’il n’y a pas que ça à Berlin. Par exemple au Berghain, tu peux voir des concerts de Four Tet, mais aussi des trucs complètements barrés, des performances et tout ça. Donc c’est vachement plus ouvert qu’on peut le penser. Y’a vraiment de la place pour tout là bas, même dans des lieux comme le Berghain.

 

Du coup tu parles de ton style, c’est vrai qu’il est plus affirmé sur le deuxième album. Comment est-ce que tu peux le définir ? Moi j’ai vraiment l’impression de découvrir un disque de rock progressif mais en électro.

C’est vrai ? (rire) Alors il y a un truc pour lequel je suis vraiment nul, c’est de parler de mon son, et en plus de parler du son en général. Parce qu’il y a des gens qui le font hyper bien, qui te disent que tel morceau est sortie en 1972 sur tel label. Moi ça me fascine mais je suis nul, j’ai pas de mémoire donc j’ai aucune culture finalement. Et puis surtout je parle hyper mal de musique, alors la mienne… Enfin je sais les trucs que je veux pas faire, ou ce vers quoi je veux me diriger etc, après j’ai du mal à définir ça avec des mots. Par contre ce que j’aimerais arriver à faire, c’est qu’à chaque album ou à chaque fois que je vais en studio, essayer d’avoir le sentiment d’aller un petit peu plus loin, ou en tout cas ailleurs. C’est-à-dire que j’aimerais que le 3e album soit encore un petit peu différent du 2e. Et ça je me dis que ça va arriver naturellement, même si on devrait retrouver ma patte tout le temps parce qu’il y a un truc que tu ne peux pas cacher si tu fais de la musique de manière un peu sincère. Après ce qui change autour, c’est d’expérimenter des choses, peut-être en intégrant plus de voix, ou peut-être pas, peut-être juste un truc avec un ordi. Je pense déjà à la suite, et je sais pas très bien. Un jour je me lève en me disant que j’aimerais faire un truc vraiment assumé « musique d’ordi » et une autre fois je vais me dire que je veux un orchestre symphonique.

 

 
Du coup y’a quand même un mouvement, enfin juste à l’écoute de ta musique, il y a un espèce de mouvement de voyage, de transport… c’est pas du Marcel Dettmann justement, même avec la pochette, on a envie de voyager.

Je vois ce que tu veux dire et je crois que c’est vrai, enfin je préfère quand c’est les autres qui le disent que moi, mais y’a le truc du voyage. On me dit aussi souvent que ça fait musique de film. On parle beaucoup des images, du voyage et tout ça, moi ça me va très bien ! Le fait, par exemple d’arriver à faire un morceau qui te donne le sentiment d’avancer, de marcher, de ne pas être sur place quoi, t’as une petite histoire. Je trouve ça marrant d’inventer une histoire avec un morceau.

 

Du coup il y a quelque chose de conscient quand même derrière.

Oui, un petit peu, mais pas tant que ça. Quand je suis en studio, moins je réfléchis et mieux c’est. À un moment donné, si j’essaie trop d’intellectualiser mon son, c’est complètement foireux. La meilleure manière, et c’est pour ça que l’album s’appelle Tohu-Bohu, c’est d’arriver au studio le matin, un peu la tête dans le cul et de faire du son. Alors, il y a plein de trucs qui sortent, un gros tohu-bohu, un bordel, un chaos et, au bout d’un moment, tu décides de ce qui est intéressant ou pas et t’essaies de maîtriser un peu ce foutoir quoi et d’en faire quelque chose. Et c’est en en parlant avec vous par exemple que je trouve ça marrant de réfléchir, de me demander « qu’est-ce qu’il s’est passé, qu’est-ce que j’ai fait ? ». Je crois que c’est ça qu’il faudrait faire tout le temps, c’est faire les choses instinctivement et, après, réfléchir à ce qu’il s’est passé.

 

Parlons de tes influences musicales. Qu’est-ce qui a construit le « son de Rone » ?

En fait, c’est délicat comme question parce que je vais paraître super prétentieux, disons plutôt que la réponse à ça ce serait de dire ce qui m’a mis des claques vraiment et ça n’a aucun rapport avec mon son. J’ai pris des grosses claques avec des disques qui m’ont ouvert des horizons sur tout un genre musical, par exemple avec un disque de Miles Davis que j’ai du écouter à 18 ans, qui m’a mis une claque ! C’est la musique d’un film, Ascenseur pour l’Echafaud. Je l’ai écoutée en boucle et en boucle ! Quand j’ai épuisé le truc, j’ai écoute d’autres disques de Miles Davis. Puis après j’ai découvert un autre truc et ça m’a ouvert un autre champ. Ça a fonctionné comme ça dans plein de genres musicaux, à chaque fois c’était par le biais d’un artiste. Pour la musique électronique je pense vraiment que c’était Aphex Twin, pour le hip-hop, Wu-Tang Clan. C’est comme un entonnoir, ça part d’un truc très petit, puis ça s’élargit. Mes influences plus directes – parce que c’est un peu prétentieux de dire Miles Davis – je pense à un mélange de trucs un peu Warp-éens, Boards of Canada, Aphex Twin etc, un peu de Hip-Hop parce que j’en ai beaucoup écouté et puis aussi des musiques de film et du classique pour le côté un peu mélodique.

 
Comment as-tu construit cet album ? Est-ce que tu l’as construit en tant qu’album ou c’était un vrai tohu-bohu de chansons prises de ça et là ?

Le premier album c’était ça, j’avais plein de morceaux, et on m’a dit « Mais t’as un album là ! Il faut juste le mettre dans l’ordre, travailler un ou deux trucs et t’as un album. ». Là c’est différent parce que je partais de rien : j’avais une page blanche et il fallait faire un disque. Avec InFiné, on s’est dit qu’on allait faire un 2e album. Du coup il fallait que je travaille, c’était nouveau de travailler la musique. Avant c’était juste un kif, là c’était devenu une espèce de job. C’est pour ça que j’ai eu du mal au début, parce que j’allais au studio, presque avec mon attaché-case, je croisais les gens à la machine à café, etc. Mais ça ne marchait pas, il fallait finalement que je retrouve les sensations que j’avais quand je faisais de la musique juste sans ambition, dans ma chambre de bonne pour le plaisir. Ça a mis du temps parce qu’au début j’intellectualisais trop, je me disais « Qu’est-ce que ça va être ce disque ? Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? Dans quel genre ? ». Et puis il a fallu que je mette tout ça à plat, c’est pour ça que le fait de partir à Berlin ça m’a un peu aidé, de prendre de la distance avec tout et « juste » de faire du son, comme un grand quoi. En fait je me mentais à moi-même parce que je savais très bien qu’il y avait un but derrière, qu’il fallait sortir un disque mais c’était presque se mentir à soi même en se disant « Non non, je fais du son juste comme ça ! », faire de la musique pour s’amuser quoi. Mais j’ai réussi à retrouver un peu ça quand même.

 

 

Du coup en parlant de Hip-Hop il y a quand même le morceau avec High Priest d’Antipop Consortium, qui n’est pas n’importe quel groupe ! Je suppose que tu en es fan ?

Complètement oui !

 

Comment ça s’est passé ?

Là pour le coup, bravo Infiné quoi ! Quand je dis qu’ils proposent des choses, c’est le genre de choses qu’il peuvent te proposer. Un soir, tu rentres du studio, ils t’appellent et ils te disent : « Dis donc, j’ai pensé à un truc, tu crois pas que ça pourrait t’intéresser de faire un morceau avec Antipop ? ». On en avait jamais parlé ! Et moi j’étais un grand fan, j’étais allé les voir à Sonar. Ce jour-là, je revenais du studio et j’avais un morceau qui était quasiment fini mais sur lequel il manquait quelque chose. Et après avoir reçu ce coup de fil d’Alex j’ai dit « Grave ! Il manque la voix d’High Priest quoi ! » Du coup, super classe, il nous a mis en contact et on s’est échangé des mails. Bon moi, comme d’habitude, en mode sous-confiant, je lui envoie le morceau. Il me renvoie deux jours après et il avait posé dessus ! Il a donc fallu que je retravaille un petit peu derrière, ça m’a obligé à retravailler le morceau dans une autre direction et c’est hyper intéressant. On a un peu fait ce morceau à deux finalement. Ça s’est fait comme ça, par échange de mails. Je l’ai toujours pas rencontré, je le rencontre à Paris la semaine prochaine, parce qu’il joue à la Gaîté Lyrique. On va éventuellement réfléchir à comment jouer ce morceau sur scène.

 


Et puis tu n’as pas cherché à refaire le son d’Antipop finalement, t’as fait le tien avec la voix d’High Priest.

Oui et c’est tout l’intérêt d’une collaboration, c’est qu’il y ait un peu un choc des cultures. Moi qui en écoute pourtant beaucoup, j’aurais jamais osé sortir un morceau Hip-Hop… bon c’est pas un vrai morceau de Hip-Hop, mais quand même j’ai beaucoup trop de respect. Qui je suis pour sortir un morceau de Hip-Hop ? Je sors pas de banlieue etc… Et d’un coup, j’ai l’opportunité de sortir un truc comme ça quoi, de manière aussi simple ! Et d’ailleurs je pense que ça n’aurait jamais marché si ça n’avait pas été aussi simple. Dans une collaboration, il faut qu’il y ait un bon feeling. Enfin, peut-être qu’il y a moyen de faire un super morceau avec un gros connard mais je trouve ça pas mal de sentir bien le mec, de sentir que tu peux parler, que ce soit simple.

 

 


Peut-être une carrière de beatmaker international ?

Non, non non. (rires) Pour moi c’est une expérience, mais je ne me dis pas que maintenant je vais faire du Hip-Hop, que j’ai trouvé ma voie, ça y est… etc. Je ne serais pas contre essayer un autre morceau, l’idée d’expérimenter des choses, mais par contre ça veut pas dire que je vais me mettre à faire du Hip-Hop. En fait, ce que j’aimerais ça serait plutôt d’arriver à faire une musique qui soit un peu à la croisée de plein de choses. Qu’on ne se dise pas « Ah tiens ce mec c’est du Hip-Hop, ce mec c’est de la Techno ». C’est plutôt pas mal je trouve de brouiller les pistes. Par le biais de collaborations comme ça tu peux te surprendre.

 

As-tu des projets, des choses à venir ? Un 3e album ?

Ça c’est un peu tôt pour en parler, on va voir comment le 2e passe. Mais c’est vrai que, moi déjà là je suis retourné en studio. C’est d’ailleurs un peu bizarre ce décalage, c’est à dire que là l’album il est pas encore sorti (au moment de l’interview, ndlr), et puis moi je suis déjà un peu ailleurs puisque je fais des nouveaux morceaux. Après, il y a le live qui permet de faire un lien toujours. C’est-à-dire que quand je joue les morceaux en live, c’est comme si je les refaisais pour la première fois. Enfin moi, je ne peux pas réécouter le disque mais, par contre, le jouer, ça oui. De la même manière que je pourrais jouer sans problème les morceaux que je faisais il y a 10 ans ou les trucs avec Alain Damasio.

 

Tu te ressens dans ta chambre à nouveau ?

Oui c’est ça ! Et puis en plus avec une autre dimension parce qu’il y a des gens qui te balancent leur énergie et c’est hyper fort.

 

Justement tu as parlé d’Alain Damasio, qui n’est pas là sur cet album, mais quels sont tes rapports avec la science fiction ?

En fait je suis assez limité par rapport à la science fiction, parce qu’avant de rencontrer Alain, j’avais lu les grands classiques, comme 1984 ou vu les films comme Blade Runner etc, mais en fait j’étais pas un grand lecteur de science fiction. Je trouvais même ça, pour être honnête, un peu ringard. Et puis j’ai pris une grosse claque en lisant les livres d’Alain. Je trouvais que c’était hyper fort et très profond. Il mettait le doigt sur des trucs très complexes, très intelligents et en même temps, avec une espèce de simplicité. Pour moi c’est le vrai intellectuel dans le bon sens du terme, c’est-à-dire l’inverse des mecs qui disent des trucs qui n’ont aucun intérêt mais de manière hyper compliquée ou tu comprends rien. Donc c’est ça que j’ai trouvé intéressant chez lui.

 

Enfin je pense que c’est quelque chose que tu aimes sincèrement, te projeter dans l’ailleurs ?

C’est vrai que ça a du me toucher, en plus de tout le discours hyper fort qu’il a dans le bouquin. C’est vrai qu’il m’a fait voyager, il m’a fait partir et j’aime bien ça. Changer d’époque, changer de planète. Ce qui est fort aussi avec Alain – et j’aimerais bien arriver à faire ça en musique – c’est qu’en même temps, il a les pieds vraiment ancrés sur terre, même s’il a la tête dans les nuages. Il parle de trucs hyper concrets, des problèmes politiques actuels et c’est de la SF donc il faut que ça soit dans le futur. Mais c’est à la fois fantastique et à la fois hyper réel. C’est pas juste des délire, c’est le mélange des deux que je trouve hyper intéressant. Il y a une autre chose que je trouve bien chez lui, c’est que la plupart des choses que j’avais lues en science fiction avant c’était toujours des visions hyper pessimistes, noires et apocalyptiques. Et ce que j’adore chez Alain, c’est qu’il y a une espèce d’énergie hyper positive. Pendant les trois quarts du bouquin il te fait prendre conscience de plein de choses, que t’avais déjà assimilées, mais que t’arrivais pas à décrire ou à pointer du doigt. Lui il te le présente sur un plateau, sans solution concrète mais avec une énergie, un truc positif.

 

C’est ce que tu as eu envie de faire avec ta musique ?

Ça j’y tiens beaucoup c’est vrai. Après, je ne veux pas devenir un espèce de gros bonbon gluant, très mélodieux, gentils, très positif, j’ai aussi envie d’être un peu hardcore parfois. Mais j’aime bien l’idée de créer une sorte d’énergie positive. Parfois ça me saoule un peu le côté un peu trop cynique, genre on est foutus, c’est la fin du monde. Il y a une bonne partie de moi qui pense ça mais par réflexe je suis optimiste, on va trouver des solutions…

 
Ce côté de « chercher ailleurs » je trouve que c’est quelque chose que tu partages avec vOPhoniQ, je ne sais pas si tu as écouté son album, mais je trouve que vous vous ressemblez musicalement.

J’ai écouté son disque et je l’ai trouvé super bien ! C’est un super beau disque. Il est cool sinon, on s’est croisé 3-4 fois, on était à un festival ensemble cet été, Baléapop, et… ouais j’aime ce qu’il fait, c’est vachement bien.

 

Une production vOPhoniQ vs Rone pourrait voir le jour ?

Ouais pourquoi pas ! Ouais ouais clair, moi je t’ai dit j’adore les collaborations après c’est une histoire de… faut que ça arrive à se faire d’une manière simple. Si un jour il passe à Berlin ça pourrait être marrant qu’il passe au studio et qu’on fasse un truc.

 

En même temps, là, tu passes à Lyon.

Oui oui c’est vrai !

 

T’es souvent à Lyon d’ailleurs.

Oui assez souvent, c’est la deuxième fois que je joue là (à la Plateforme, ndlr), et puis j’ai joué au Transbordeur une fois et deux fois aux Nuits Sonores. C’est peut-être parce que le label a une partie lyonnaise, il doit y avoir un peu de ça je pense.

 

On a appris hier que ton vrai nom était Erwan et que c’est de là que venait ton nom « Rone », à écrire « R.one » en fait. Est-ce que t’as un rapport avec le graffiti ou quelque chose comme ça ?

(rires) Ouais si si, c’était mon blaze quand j’étais au lycée, que j’écrivais sur les tables « R.one ». Et en fait c’est une anecdote à la con mais la première fois que j’ai fait une vraie soirée un peu officielle, sous le label Infiné, le graphiste avait oublié de mettre le point « . ». Du coup « R.one » est devenu « Rone ». Au début j’ai râlé, et puis finalement je me suis dit que c’était pas mal. Ça me fait marrer que mon nom soit venu d’un accident, que je ne l’ai pas choisi. Je trouve ça pas mal parce qu’on se casse tellement la tête « comment je vais m’appeler ».

 
 

Tohu-Bohu est sorti le 15 octobre chez Infiné, cliquez pour l’acheter !

 
 
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