P.I.L.A.R.

Lundi dernier, j’ai eu l’occasion d’interviewer une artiste montante de la scène lyonnaise, à savoir : P.I.L.A.R.
Le rendez-vous a eu lieu avec la participation d’Opti (Pierre Serafini, Label manager d’Airflex Labs).
Cette interview a, malgré le mauvais temps, duré près de 2h. C’est pourquoi l’article est assez long, mais non moins intéressant. On y parle d’influences Pop/Cold/New Wave, de féminité, de synthé Korg, de famille, des blogs electro ou encore de la scène électronique lyonnaise, d’Amour et de Liberté

D’où vient ton nom de scene ?

P.I.L.A.R : C’est tout d’abord un nom espagnol que je trouvais joli, qui a l’avantage d’être court, féminin et assez dur dans la sonorité avec lequel tu peux jouer concernant l’acronyme. On peut le traduire aussi par pilier. On le prononce à l’anglo-saxonne. Il n’y a pas forcément de sens caché derrière. C’est comme lorsque l’on demandait aux Nine Inch Nails pourquoi ils s’appelaient ainsi, ils te répondent simplement que c’est la sonorité avant tout qui leur plaisait.

 


 

Quelles sont tes influences ? Je veux dire par là comment es-tu arrivée à ce son assez riche ? En terme de groupe, ça donne quoi ?

P : J’écoute de tout ! De la pop, du rock, du math metal, de l’electro, de l’indus… Mais vraiment de tout…. J’ai eu la chance de grandir dans un milieu ou les vinyles tournaient tous les weekends tôt le matin. J’ai baigné dans une famille qui adore la musique.

En terme de groupes, je te dirais NIN, Goldfrapp, Curve, Kidney Thieves, Massive Attack, Mike Patton et New Order, qui est pour moi une grosse réf ! (Jetez-vous sur l’album Substance 1987 !)

Ce que j’aime dans l’esprit Pop, c’est l’idée d’un refrain qui se retient ! Que tu puisses chantonner, et qui puisse être écouté par tous, avec une apparente simplicité. Il n’y a pas vraiment d’élitisme, juste une volonté de faire plaisir à des gens qui ne sont pas forcément musiciens sans les prendre pour des simplets.

Pour ce qui est des influences, je me retrouve finalement dans la mouvance Cold, ainsi que dans son esthétique (Siouxsie, The Cure, Bauhaus) plus que dans la New Wave pure et dure qui est à la base une (belle) invention avant tout des maisons de disques de l’époque. Un mouvement jugé trop rapidement et sacrifié. Il y a de très très bonnes références sous cette appellation New Wave (quelques albums de Depeche Mode). Pour ma part, j’ai choisi la Cold. D’où mes goûts immodéré pour les grosses nappes de synth pad et les rythmes droit.

Opti : Ces genres musicaux sont nés pendant l’avènement de l’ère digitale, qui se développait en parallèle avec la société occidentale qui devenait de plus en plus froide. Comme souvent depuis l’avènement plus ou moins conjoint du Punk et du Dub, c’est le traitement du son qui a amène la création d’un nouveau genre. D’ailleurs de nombreux artistes Cold et Rock contemporains possèdent des influences Dub !

P : Exact, pas mal de groupes New Wave citent le Dub comme référence.

Récemment je me suis remise écouter les Daft Punk. Je suis aussi dingue de Burial ! J’écoute également beaucoup de Post Rock comme Unkle ou Porcupine Tree.

Sans le vouloir je pense que je fais la musique que je voulais entendre, étant plus jeune : les sons d’OMD de Pat Benatar et de New Order ont bercé mon enfance.

 

Tu caractérises ton style par Electro Cold Pop. Qu’est-ce qui se cache plus exactement derrière ces termes ?

P : Comme je le disais tout à l’heure, j’utilise pas mal de pads, des sons synthétiques assez froids. J’aime l’idée d’être plongée dans une bulle. Pop car je fais une musique facile d’accès, qui puisse être écouté de tous et toutes en essayant de mettre quelques particularités en terme de sons, en terme d’expression vocale proche de la Cold.

Le côté Electro viendrait plutôt des traitements et des différents effets que j’utilise, la façon de produire, les outils.

 

D’ailleurs, qu’est-ce que tu utilises pour composer ?

P : J’ai un homestudio Mac sous Logic, et un synthé Korg. Opti m’aide en studio pour reprendre les mixs et pour le mastering.

Avant je jouais avec un Korg et un Loop Recorder. Maintenant j’utilise mon laptop avec Logic et mes deux synthés.

 

Sinon, j’ai vu que tu avais un label, BARNUM Records. J’ai aussi vu que tu étais la seule artiste signée pour le moment. Tu peux nous en dire un peu plus à ce sujet ?

P : Il s’agit en effet de mon label, qui est tout récent, et je suis la seule artiste signée dessus actuellement. La raison, c’est tout d’abord d’avoir un outil pour mes sorties, puis de chercher et d’accompagner d’autres artistes féminines si l’occasion se présente. Ce n’est pas une démarche féministe mais ça ajoute une dimension particulière au label. Ce projet peut motiver d’autres femmes, déjà par le fait d’être managées d’une manière quelque peu différente… sans prétention.

O : On a plein de mauvais exemples d’artistes féminines, avec Uffie par exemple. Les moeurs vis à vis des femmes évoluent dans le sens où, aujourd’hui, les femmes peuvent se coller des cuites comme les hommes en soirée par exemple. Mais professionnellement et particulièrement dans le monde de la musique, on est encore loin de la parité en termes de responsabilités, etc…

P : Une structure aide à te positionner et à mieux exprimer tes idées, montrer que tu peux faire du son et gérer un label (promo, distrib, booking) tout en gardant ta féminité. Assumer cela et porter des escarpins sur une scène tout en restant à ta place, en ne jouant pas sur ça et garder l’humilité que beaucoup d’artistes oublient facilement. On est nombreuses à faire de la musique qui ne sort pas de notre chambre. J’aurais aimé rencontrer une femme expérimentée pour m’aider dans cette démarche il y a quelques années.

Il y a un groupe de jeunes filles qui sont venues me voir pendant la soirée Airflex Labs au Transbordeur et qui m’ont dit : “Hey mais c’est toi P.I.L.A.R, c’est génial ce que tu fais, on te suit sur Soundcloud” Ca m’a touché. J’ai envie d’être entourée de plusieurs petites soeurs, on est souvent bien seule sur scène et en studio. (rires)

 

 

Quand as-tu commencé à faire de la musique ? Quand as-tu commencé à chanter ?

P : J’ai commencé à chanter seule, vers 7 ans, en ré-enregistrant ma voix sur les cassettes de mon frère qui m’avait montré comment faire. Au lieu de retrouver Buccolini, Zegut et Lenoir sur son radio cassette, il tombait sur les chansons de sa petite soeur. Au lieu de s’énerver, il a fait écouter à mes parents et depuis ils savent que ça fait partie de moi. C’est grâce à lui, mon grand père et mon père que j’ai commencé . Ma mère est peintre, chez nous créer n’est pas mal perçu. J’ai donc commencé jeune et poursuivi en chorale, en groupe puis au conservatoire en soprano.

J’ai abandonné un moment le chant préférant jouer du piano et écrire. En faisant de la Pop tu t’aperçois que la voix doit être en avant. Je m’y suis donc remise il y a peu.

A 15 ans mon frère m’a offert sa Stratocaster. j’ai pris des cours de musique, et donc de solfège puis je me suis offert mon synthé Korg après mon vieux Yamaha.

J’écoutais beaucoup de métal : je suis passé de Tool, Dillinger Escape Plan, jusqu’à, je ne sais comment, Dimmu Borgir. J’ai donc joué du clavier dans un groupe de métal, puis encore dans deux autres. J’ai fini par saturer de cet univers. Je voulais écrire ce que j’avais en tête.

A partir de là j’ai commencé à faire de la musique seule.

 

Tu avais quel âge ce moment là ?

P : J’avais aux alentours de 23 ans.

 

Tu procèdes comment : tu enregistres d’abord la voix ? Ou tu commences par penser à une mélodie ? Qu-est ce qui te fait commencer un morceau en général ?

P : Pour la voix cela dépend. Quand je me promène, je prête attention aux sons autour de moi. Quand j’entend des bruits urbains comme la pluie, les voitures ou la foule, ça crée un point de départ pour une mélodie dans ma tête et je commence à fredonner. Je continue ensuite le travail à la maison sur mon laptop. L’inspiration vient très souvent des bruits de la ville !

Ensuite je me crée des images pendant la production, j’ai tout un clip qui m’apparaît, les personnages, le contexte, la lumière. Pour la derniere en date, je voyais un couple s’embrasser… si ma musique pouvait servir à cela, être une BO de flirt… j’en serais fière.

 

D’ailleurs, est-ce qu’un clip est prévu pour un de tes morceaux ?

P : C’est en discussion pour un titre oui mais pas de création tout de suite. Chaque chose en son temps, pour le moment il y a surtout la sortie de mon premier EP à venir, et je vais essayer de faire quelques dates.

 

En parlant de public, quelle est ton actualité musicale ?

J’ai un concert avec Opti prévu le 20 mars au Hot Club de Lyon. Je vais aussi sortir mon premier EP. Il a pris du retard par rapport à la date de sortie initialement prévue. Ce retard était volontaire car je voulais proposer quelque chose de plus précis par rapport à ce que j’avais en tête au départ, et le fait de changer la configuration de mon home studio a changé pas mal de choses. J’en ai profité pour réactualiser mes mixs.

Je veux quelque chose de plus propre et surtout de plus percutant, joli et convaincant pour l’auditeur. Le mix est plus clair, le son est désormais plus dynamique, les sources sont plus propres, bref, ça marche mieux. On y travaille beaucoup avec Opti.

Il s’agit de mon premier EP, donc quelque chose de très personnel. A travers ton travail, c’est toi que tu présentes. Ce n’est pas rien. De plus, je suis entourée de personnes exigeantes en terme de son et de production, ça met la barre très haut !

Neverland sortira en free download. Les tracks du second EP sont déjà en route.

 

La bannière Neverland que l’ont voit sur ton myspace est bel et bien la pochette de ton EP ?

P : Oui, cet EP s’appelle bien Neverland et sur la pochette on peut voir mes 2 nièces.

 

Y a t il une signification particulière pour cette pochette ?

P : J’ai commencé à faire de la musique à leur âge. De plus, c’est ma famille, et pour moi c’est quelque chose d’important. Je trouve que c’est un joli cadeau que d’offrir ce que tu aimes passionnément – ta musique – à ta famille à travers cet artwork. Ils ont toujours été là pour me soutenir quoi que je fasse.

Après, cette photo, c’est l’amusement, la légèreté ! Le truc intéressant avec les enfants c’est que s’ils retiennent ta musique, c’est que t’as réussi. Tu tiens un bon morceau de Pop !

 

De quel artiste/label lyonnais te sens-tu proche ? (Aussi bien humainement qu’au niveau musical)

P : Je me sens proche de toute personne qui a un projet créatif et qui a envie de le faire jusqu’au bout. Quand tu te donnes encore le droit de rêver, quel que soit ton âge, et que tu réalises en partie ton rêve, c’est magique. On oublie souvent ça, le rêve, certes c’est un milieu difficile, compliqué exigeant, et souvent très injuste, mais tellement passionnant et riche. Je me sens proche des personnes qui gardent cet esprit là en eux. J’aime beaucoup DAWN Records parce qu’ils sont humbles, sympas et surtout parce qu’ils se bougent. J’adore VoPhoniq ! A chaque fois qu’il balance un son ça te transporte !

 

Que penses-tu de RadioElectroLyon et des blogs electro en général ?

P : Merci à vous, car il faut des relais pour que l’on existe. Des blogs comme les vôtres qui permettent de découvrir de nouveaux talents. De plus, vous avez pris le pas d’être assez large en terme de choix musical, sans rentrer dans la facilité des grosses têtes d’affiche, je trouve cela bien.

O : Ca te permet de faire sortir le son de ton salon ! Les blogs sont les médias du futur. C’est facile d’avoir la même ligne éditoriale que les Inrocks, il suffit de passer 2h checker Facebook, Youtube et autres…

 

Que penses tu de la scène electro lyonnaise ces derniers temps ?

O : Lyon se défend bien par rapport à d’autres villes ! A Lyon on peut être nous même et faire de la vraie musique électronique. Chez DAWN par exemple, on a Jean-Paul Sarce qui nous joue la pointe de la techno, chez Airflex on mixe souvent des tracks qui commencent à être jouée à Bristol ou à Londres. On a également la chance d’avoir des salles derrière nous, comme le Transbordeur, ou des lieux plus simples mais terriblement humains comme le Sonic ou la Fée Verte par exemple.

P : On n’a pas à rougir, artistiquement parlant, d’une ville comme Paris. Nous avons de très bons artistes (Vo, Neat, Flatmate). Après, les labels comme Airflex, Dawn ou InFiné prouvent, par leurs sorties, cette émulation.

Au delà d’un son, c’est toute une génération qui exprime une nouvelle manière de concevoir la musicalité. On ne souligne plus les Nuits Sonores, mais leur programmation est une preuve que Lyon se situe très bien en Europe sur un plan qualitatif dans le champ des musiques électroniques.

O : On a vraiment la chance d’avoir cette liberté d’action. Nos artistes n’ont pas à jouer QUE la carte séduction du public et des têtes pensantes de la nuit. Je crois qu’on est une génération qui n’a pas envie de faire de compromis…

 

D’ailleurs en parlant de la scène lyonnaise, j’ai vu que vous figurez tous les deux sur la compilation 2 ans d’Art Feast. Comment ça s’est déroulé ?

P : Ca à marché grâce au réseau. Ma musique était déjà diffusée depuis un moment et Romain (Starky ndlr), qui était déjà en contact avec Opti depuis un moment, a craqué sur King. C’est une personne qui a toujours eut envie de mettre en avant la scène locale, montrer autre chose que les têtes d’affiche. L’interêt de cette compilation c’est de faire découvrir des artistes peu connus et différents.

 

 

Si je te demandais de me faire une playlist, là, maintenant, qu’est-ce qu’on trouverait dedans ?

P : Dans mon sac sport billy je te dirais :
Unkle – Follow Me
Burial – Archangel
Jamie Woon – In The Night Air (Ramadanman refix)
Radiohead – Black Swan
opti – The Letter D
Flatmate – Voices
Clark – Growls Garden
Trent Reznor – The Social Network (Nine Inch Nails)
Front Line Assembly – Fallen
Killing Joke – Love Like Blood
Boys Noize – My Moon My Man Remix
New Order – True Faith
Simple Minds – Someone Somewhere In Summertime

O : Cette soundtrack (The Social Network par Trent Reznor, Nine Inch Nails) est vraiment très réussie ! Je pense qu’il faut écouter NIN pour mettre en rapport la transition qui a pu se faire entre le rock et les musiques electroniques. C’est un groupe incontournable !

 

Un mot pour la fin ?

P : Merci à vous ! C’est un projet qui me tient beaucoup à coeur donc je vous remercie de vous y intéresser par le biais de cette interview ! Egalement je dirais AMOUR comme mot de fin… en ce jour de Saint Valentin, on ne l’entend jamais assez.

 

Merci à toi d’avoir répondu à mes questions !

 

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