Oxia

 

Dix huit, c’est le nombre d’années que compte la carrière d’Oxia, artiste de renommée internationale que l’on ne présente plus. Oxia c’est aussi trente ep, deux albums, sortis sur de prestigieux labels tels que Kompakt, 8bit, Tsuba, Goodlife et plus récemment InFiné le label lyonnais. Malgré sa tournée mondiale à l’occasion de la sortie toute récente de son deuxième album Tides of Mind, Oxia nous à fait le très grand privilège de répondre à quelques-unes de nos questions !

 

On a compris que tu détestais décrire ta musique donc on va éviter cette première question, mais par contre, on aimerait bien savoir d’où vient ton nom de scène.

Ce n’est pas que je n’aime pas décrire ma musique, enfin pas au point de dire que je déteste, mais c’est plus que c’est toujours un peu difficile de décrire sa propre musique, et encore plus quand il s’agit de mon album Tides Of Mind, dans lequel il y a des morceaux complètement différents, même si tout reste dans un même esprit.
Je dis souvent que je fais de la musique électronique tout simplement, avec des choses plus ou moins dancefloor et groovy, des tracks plus deep, mélodiques ou mélancoliques, des choses bien plus calmes…
Pour ce qui est de mon nom d’artiste, en fait il n’y aucune signification particulière. A la base, nous étions deux dans le projet Oxia, avec Stéphane Deschezeaux. Nous avons commencé par faire du live ensemble, en 1994, et nous cherchions un nom, et en ouvrant un livre d’astronomie, nous sommes tombés sur ce nom qui est en fait une région sur Mars. Nous l’avons choisi juste parce que le nom nous plaisait, sans aucune autre raison. Ensuite, nous nous sommes progressivement éloignés artistiquement avec Stéphane. J’ai donc continué le projet seul, Stéphane ne voyant pas d’inconvénient à ce que je garde le nom.

 

 

Bientôt vingt ans depuis tes débuts de producteur, qu’est ce qui à l’époque t’a poussé à te lancer dans la musique ? Dans la techno ? Des artistes en particulier ?

Oui dans trois ans cela fera vingt ans puisque le premier EP est sorti en 1995, cela fait toujours bizarre de se dire ça…
J’ai commencé à être DJ dans les années 80, quand j’étais ado, en commençant par faire de la radio. On faisait avec Stéphane, une émission funk sur une petite radio locale. Ensuite, on a commencé à mixer dans des soirées étudiantes. Un peu après, la house est arrivée. A l’époque pour nous ce n’était pas un nouveau style, mais plus la suite du funk, car il y a pas mal de morceaux qui ont fait un peu la transition entre les deux. Donc sans nous en rentre compte on a écouté de plus en plus de house (Steve Silk Hurley, Marshall Jefferson, etc.), c’est un peu plus tard que nous avons réalisé l’importance de ces production pour nous et qu’un nouveau courant musical était né à ce moment-là. Puis, nous avons écouté des choses de plus en plus techno au début des année 90, mais aussi de la trance pendant quelque temps. Nous avons commencé à faire de la musique à ce moment-là d’ailleurs, mais on faisait plus du funk, acid jazz… Vu que nous écoutions de plus en plus de techno, cela nous a forcément influencé, donc petit à petit nous nous sommes naturellement dirigé vers ce style. On écouté pas mal d’artistes de Detroit comme Jeff Mills, Robert Hood, UR, ou des européens comme Dave Clarke, SlamEnsuite, j’ai eu l’opportunité en 93 d’être résident dans un club à Grenoble. J’ai pu commencer à vivre de ça à ce moment-là et après tout s’est un peu enchainé. Les premiers booking à Grenoble, puis dans la région Rhone-Alpes, puis la France, et très vite avec les premières productions, l’étranger…

 

Pour l’instant, tu as eu une carrière plutôt (très) bien remplie. Tu as jonglé (créé parfois avec Ozone Records et Goodlife) entre de nombreux labels. Comment t’expliques cela ? Du mal à rester en place ?

Oui, j’ai peut-être un peu de mal à rester en place. J’ai toujours envie de faire pleins de choses et quand les opportunités se sont présentées je les ai saisies. Cela a effectivement commencé avec le label Ozone, que nous avons créé en 95 avec Kiko. Puis, le label Goodlife en 98 fondé avec The Hacker. Malgré tout ça, j’avais tout de même envie de signer sur d’autres labels à l’étranger vu que j’en avais la possibilité. Mais cela découle souvent de rencontres, d’envies et surtout je pense que tout ça est guidé par la passion toujours intacte.
C’est vrai aussi que je n’aime pas trop m’enfermer dans un seul style, j’aime pleins de choses dans la musique électronique, donc j’ai toujours envie de faire pleins de choses différentes…

 

 

Entre 24 Heures, ton premier album et Tides of Mind on sent une véritable évolution au niveau musical, beaucoup moins techno minimaliste et plus dans la lignée InFiné. Tu peux nous en dire un peu plus sur cette transition ? C’était une nécessité ou un choix naturel ?

Effectivement il y a pas mal de différences entre mes deux albums, je n’aime pas rester dans un seul style. Et surtout, il s’est passé huit ans entre les deux albums, donc il y a eu une évolution naturelle. Cela ne s’est pas fait non plus du jour au lendemain, mais assez progressivement. Entre les deux, j’ai fait pas mal de EP et de remixes, des titres aussi assez différents les uns des autres, comme par exemple Domino sur Kompakt et Whole Life sur 8bit. Deux styles assez différents,seul le groove reste un point commun. Je fais ma musique sans vraiment réfléchir, sans me dire je vais faire tel ou tel style, cela vient naturellement en fonction de mon état d’esprit. Pour Tides Of Mind, j’avais quand même des envies précises, comme travailler avec des chanteurs et faire des morceaux beaucoup plus calmes, pas destinés uniquement aux dancefloors. Puis le fait d’avoir choisi InFiné comme label, je pense que cela m’a inconsciemment influencé. Je savais que je pouvais justement me lâcher et faire des choses différentes vu leur ouverture d’esprit.

 

D’ailleurs, un peu avant que ne sorte Tide of Mind, Harmonie c’est vu attitré un EP, c’est ton morceau favori de l’album ?

Je n’ai pas vraiment de morceau favori dans l’album, même si effectivement Harmonie pourrait en faire partie. InFiné voulait sortir un EP avant l’album et nous avons décidé ensemble que ce serait ce track car il représente bien l’album. Il est la fois deep et groovy, mais aussi mélodique, et c’est également le titre qui se rapproche le plus de l’esprit du label je pense.

 

Lors d’une interview, tu as dit vouloir faire un album plus « chanté », chose que tu as faites par le biais de collaborations avec Scalde, Miss Kittin ou encore Mesparrow. Pourquoi un tel désir de changement ?

C’est vrai donc que j’avais cette envie de travailler avec des voix, mais c’était simplement un désir. J’avais déjà travaillé avec Scalde justement sur le track Dust avec Agoria et cela m’avait vraiment plu de bosser avec un chanteur. Puis c’est vrai que j’ai été influencé par pleins de choses différentes pour cet album, notamment des morceaux vocaux, donc cela fait aussi partie de mes influences. Je voulais amener quelque chose de nouveau dans ma musique et travailler seul avec des chanteurs je ne l’avais jamais fait auparavant.

 

 

Tu nous as fait le plaisir de venir à la Secret Stage des Nuits Sonores cette année, tu en gardes quel souvenir ?

C’est un super souvenir ! C’était mon premier live depuis dix ans et ça s’est vraiment bien passé malgré le stress dû à cette première.
L’ambiance était vraiment super bonne et le fait que les artistes soient annoncés au fur et à mesure rajoutait un petite excitation.

 

On a des chances de te revoir sur Lyon un de ces jours, que ce soit en live ou en DJ set ?

Oui je pense, je joue assez régulièrement à Lyon, et normalement je dois rejouer avant la fin de l’année.

 

La rumeur laisse entendre que tu utiliserais beaucoup de matos numérique. Tu utilises quoi exactement ? Et en live ?

J’utilise effectivement pas mal de numérique depuis quelques années, mais pour l’album, j’ai pas mal réutilisé mes synthés analogiques, comme le Virus, entre autres.
J’aime le mélange des deux, il y a tellement de possibilités avec le numérique. J’aime toujours utiliser du hardware, pour le touché et le grain évidemment.
Je bosse donc sur Logic Audio et de nombreux plugins.
Pour le live, j’utilise Ableton Live et deux contrôleurs : APC40 pour enchainer les séquences et contrôler les effets, et MPC32 pour les effets aussi, mais aussi pour pouvoir rejouer des sons…

 

 

Tu as collaboré relativement souvent avec Agoria, que ce soit pour des morceaux ou des prestations live. Cette époque est révolue ou il faut s’attendre à de nouveaux trucs ?

Effectivement nous avons pas mal collaboré à une époque avec Seb (AKA Agoria), notamment pour ce morceau Dust. Mais on a surtout pas mal joué ensemble en back to back. On a toujours pris beaucoup de plaisir et on aimerait vraiment le refaire. Mais pour la production nos projets respectifs et nos emplois du temps ne nous ont pas permis de le faire à nouveau.
Et pour les DJ sets, l’an dernier nous l’avons fait une ou deux fois, mais Seb avait la tournée de son album, et cette année c’était mon tour. Mais c’est prévu que nous le refassions dans le futur.

 

Toi qui as connu le tout début de la musique électronique française, qu’est ce que tu en penses en ce moment, et comment tu la vois évoluer dans le futur ?

Il y a plein de choses intéressantes en ce moment, pleins de choses influencées par des productions plus anciennes notamment, mais avec un son nouveau, une production moderne, aussi bien dans la scène house que j’apprécie particulièrement, avec des gens comme Seuil, Shonky, dOP ; mais aussi dans la scène plus techno avec Gesaffelstein, BrodinskiMême si ce n’est pas trop mon style, je trouve qu’il y a une vraie dynamique dans cette scène. Pour ce qui est de l’évolution c’est un peu difficile à dire à l’heure actuelle.

 

 

Si tu devais citer un morceau qui a changé ta vie ? Un artiste ?

C’est toujours difficile de répondre à ce genre de questions, il y a tellement de choses qui m’ont influencé.
Mais sans réfléchir le premier morceau qui me vient à l’esprit, c’est Good life d’Inner City, morceau emblématique sorti à la fin des années 80.
Pour l’artiste, il y en a vraiment trop.

 

Des projets en cours ?

Oui, je bosse sur des nouveaux morceaux, seul et en collaboration, notamment avec Nicolas Masseyeff, mais pour le moment on ne sait pas encore où et quand cela sortira.

 

Un mot pour la fin ?

Merci à tous ceux qui me suivent. Et merci à vous !

 

Si ce n’est pas encore fait, j’espère que cette interview vous aura convaincu d’écouter Tides Of Mind ! A noter que Houswife, le dernier EP d’Oxia devrait sortir sur InFiné, le 20 Août prochain !

 

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