Oblast

 

Lors de la dernière Jeudi Orgie de la saison organisée par Art Feast, j’ai eu l’occasion d’interviewer 2 membres du nouveau projet techno Oblast, à savoir Miimo (Art Feast) et Jas du groupe WAT. Le 3e membre étant Elroy.


L’interview étant assez longue, je vous propose de l’accompagner de la 1ère mixtape d’Oblast, intitulée “Live East Die Young“, que vous pouvez retrouver ci-dessous :

 

Que veut dire Oblast ?
Miimo : Par coeur : Oblast c’est une région administrative soviétique libre dans un état fédéré. Maintenant que l’URSS n’existe plus, c’est juste une région. Et pour nous c’est un espace de liberté d’expression.

 

Est-ce que vous pouvez présenter chacun des membres du groupe, vos activités, qu’est-ce que vous faisiez avant de vous rencontrer ?
Jas : Alors moi j’ai un groupe qui s’appelle WAT, et j’ai rencontré Miimo et … bien Miimo, vas-y présente toi !
M : Miimo, résidant des soirées Art Feast, DJ depuis 8 ans. Et ensuite y’a Elroy, qui est un graphiste freelance de Berlin et qui s’est joint à nous. Il a aussi un projet à côté qui est The Escapist, qu’il a démarré avec Leonard de Leonard. Et donc on s’est rencontré à Berlin.
J : Avec Miimo on se connait depuis longtemps, mais on a habité ensemble à Berlin pendant 1 mois et demi et c’est de là qu’est né Oblast. De là est née l’envie de faire un truc un peu techno, un peu différent de tout ce qui est électro en France et assez influencé par la scène locale genre Len Faki et compagnie.

 

Quel est votre parcours musical à chacun ?
M : Je suis un vrai natif de la génération 2.0, la French Touch à la base, et avoir passé 6 mois à Berlin, je me suis naturellement ouvert sur tout ce qui est Techno deep.

J : Moi dans les années 90, j’étais bien dans la techno. J’ai commencé par les Technival, tout ce qui était un peu dans les champs quoi. Après je suis parti plus électro rock, donc avec WAT, et j’avais envie de revenir un peu vers l’électro et je ne savais pas exactement par quelle porte. Du coup avec ce projet, on est parti dans un truc un peu plus dark, qui ne se faisait pas trop en France, ça m’a plu, et on a mis un petit moment à trouver l’orientation que l’on voulait. Quand tu démarres un projet c’est pas toujours évident de voir comment tu vas le faire sonner etc. Donc on s’est dit qu’on allait aller un peu à contre courant de ce qui se fait, mais ce qui nous semble être quand même ce qui va se passer dans les années à venir. On dit pas qu’on est des visionnaires hein, mais en tout cas nous ce qui nous a fait vibrer aujourd’hui et qu’on arrivait plus à trouver en France, ces trucs un peu techno, un peu lourd, un peu deep, on s’est dit c’est pas possible, si nous ça nous fait vibrer, ça va forcément faire vibrer d’autres gens aussi. Et donc on est parti dans cette direction là, avec l’aide de Damien (Elroy), qui a fait un super graphisme un peu noir et blanc, esprit constructiviste. On s’est lancé là dedans, un petit peu à l’aveugle, on a envoyé les tracks à pas mal de DJ qu’on connaissait, on a eu de bons feedbacks, donc on s’est dit que c’était peut-être la bonne orientation à donner, et voilà, là on est parti dans le truc. Je pense que c’est un projet qui va être amené à évoluer. Là on est parti vraiment dans un côté extrêmiste, underground.

Ca va être amené à évoluer au fil du temps, on ne va pas rester dans une petite chapelle ou quoi que ce soit.
Notre objectif c’est d’amener des trucs un peu frais, et on va voir de quelle manière on peut le faire. Sachant qu’on aime beaucoup d’artistes qui sont pas forcément français et on essaye de recréer un peu ce schéma là en France. Vraiment sans prétention aucune, y’a probablement déjà des gens qui font déjà la même chose, mais on les connait pas !
Artwork de Gravity – Fin de Siècle

 

C’est vrai que la techno revient pas mal en France ces derniers temps.
J : Une techno un peu plus lente, pas un truc boom boom boom, un truc un peu plus lent, un peu plus mental. Sans être trop minimale, mais à la fois y’a un truc techno et un truc qui bouge.
M : Y’a un truc qui t’emmène, pour moi c’est du voyage !
J : C’est pas trop dur, ça reste 125-130 bpm, donc ça t’agresse pas, ça te transporte en fait. En tout cas les tracks qu’on aime c’est ça, je dis pas qu’on a réussi à faire LA track qui va te transporter, mais c’est ce qu’on essaye de faire.

 

Sinon j’avais une question par rapport aux visuels, j’ai vu qu’il y en avait un associé à chaque morceau, je suppose que c’est Elroy qui se cache derrière ?
M et J : Ouais !

 

Et est-ce qu’il y a quelque chose de particulier derrière cette idée ou est-ce que c’est simplement pour la démarche artistique du truc.
J : C’est les deux ! A la fois, les morceaux qu’on produit, qui vont inspirer Elroy et lui, à travers ses graphismes, va définir une limite, qui va ensuite nous inspirer pour les morceaux.
M : A chaque track on essaye de créer une sorte d’univers, et je pense que l’illu’ vient compléter cet univers et va complètement dans ce sens. Je sais pas ce que t’en penses mais si tu regardes bien, chaque illu’ va avec tel morceau, on mélangera pas l’illu’ de Ostkreuz avec l’illu’ de Gravity par exemple. Et ça c’est vraiment une volonté qu’on a, et d’ailleurs les prochains illu’ au passage, ils sont juste oufs ! Vous verrez, y’en a des magnifiques !
J : C’est vraiment ça, l’un influence l’autre
M : Du genre, nous on fait une track, il fait “Tiens j’ai pensé à cette illu”, là on se dit “Ca collera pas avec ça” donc on essaye de bosser. On lui envoie la track, il nous dit “Non je ferais plutôt ça !” et on arrive au résultat. C’est vraiment un échange qu’on fait, et c’est l’avantage d’être à 3, déjà y’en a toujours un pour trancher, parce que quand on est 2 souvent on est pas d’accords et en plus je pense qu’on se complète vraiment bien.
J : Sachant que Elroy mixe aussi et a son mot à dire dans la partie production !

 

Justement par rapport à la distance, ça se passe comment, vous êtes situés où chacun ?
J : Bah disons qu’il y a eu vraiment cette période Berlin où on s’est tous mis ensemble à commencer le projet. Maintenant, moi j’habite à Paris, mais je suis souvent à Lyon, Elroy habite à Berlin et Miimo habite à Lyon, mais il bouge aussi souvent à Berlin. C’est devenu un triangle Paris-Lyon-Berlin, mais le projet est vraiment né à Berlin, de l’influence de ce qu’on peut écouter là bas.
Artwork de Oblast – Ostkreuz

 

 

Au niveau du travail en  groupe pour la production, vous faites comment pour taffer ensemble ?
J : La prod’ on la réalise avec Miimo, on travaille nos tracks ensemble.
M : Alors, un truc, c’est que je ne suis jamais convaincu par ce qu’il fait !(rires)
J : La prod’ c’est surtout le duo Miimo et moi, Damien nous complète. Là on va pouvoir tranquillement continuer à faire monter le projet en France, et toujours travailler avec Elroy, sachant qu’on va faire des allers-retours à Berlin, là on a un projet de clip qu’on va tourner là bas. On veut toujours continuer à garder le contact avec cette ville là.

 

Après j’allais vous demander d’expliquer la naissance du projet, vous l’avez déjà plus ou moins dit, avec la rencontre à Berlin et le fait de tous aimer la même musique.
J : C’est pas vraiment la rencontre, parce qu’on se connaissait, mais c’est plus d’avoir baigné tous ensemble dans cette atmosphère là.
M : En fait, pour parler clair, c’était murge tous les week-ends et finir au Tresor, au Renate et on s’est dit “Putain, pourquoi on referait pas ça !”. On a eu envie, on aimait ça on s’est dit pourquoi pas quoi. Moi j’ai vraiment vécu ça comme ça . Quand c’est arrivé, Jas voulait développer un projet perso de son côté et moi, comme tu sais, je faisais pas de prod’ avant, je me suis dit qu’une fois arrivé à Berlin j’allais m’y mettre.

 

Y’avait quand même French Body ! [ECOUTER]
M : Ouais y’avait French Body avec Eddy, mais c’était complètement différent ! Et là on s’est dit, bah écoute on essaye de bosser, si ça colle ça colle, si ça colle pas ça colle pas, et pour l’instant ça colle plutôt pas mal ! Enfin, pour l’instant on s’est pas encore mis sur la gueule !

(rires)

 

Qu’est-ce qui t’as motivé à aller à Berlin comme ça ?
M : Moi c’est tout ce que j’entendais sur cette ville, honnêtement j’y croyais pas. Tout le monde me disait “Tu vas voir, c’est ouf, c’est ci, c’est ça”, je disais “t’es pas séééééééérieux?”. J’ai eu l’opportunité que Leonard de Leonard me propose un stage dans son label, ça collait pile avec mes études donc je me suis dit “Fonce”. Romain m’a accompagné donc c’était super. Je suis vraiment parti à l’aveugle, sans connaître cette ville, sans parler la langue, et tu vois j’en reviens au bout de 6 mois et j’ai qu’une seule envie c’est d’y retourner. D’ailleurs, j’y retourne en septembre et en octobre.
Comment pourrait-on essayer de définir le son d’Oblast en 5 ou 6 artistes ?
J :Len Faki, Pan-Pot, Mark Henning, Jerome Sydenham, Ben Klock
M : Baba Black, Dustin Zahn aussi. Tous ces mecs là. Après y’a aussi des trucs un peu plus deep à la Dany Daze.

 

Comment s’est passé votre 1ère date, au Rex ?
M : C’était ouf, y’avait 800 personnes, on a joué à la fin donc on avait un peu peur de jouer devant personne. On a joué après TWR72, qui ont défoncé la salle et on est passé derrière avec Damien, et c’était juste ouf ! Super bon retour, on a fait la même à Lyon, toujours avec TWR72, donc super ! Vraiment bien quoi !

 

Quelles sont les prochaines dates à venir justement ?
M : (A Jas : On le dit ?) Bon ouais on a une très grosse date au Transbo le 24 septembre. On ne dit pas le plateau parce qu’on a pas le droit de le dire, mais c’est fat !

 

Par rapport à Berlin, si vous pouviez me décrire en quelques mots la particularité de cette ville pour des personnes qui ne la connaîtrait pas.

J : Alors y’a 2 trucs, y’a toute la scène techno comme tu l’imagines bien minimale mais y’a une grosse scène house aussi. En arrivant à Berlin, je pensais vraiment arriver dans une ville avec que de la techno de partout et pas du tout en fait, y’a plein de clubs qui reviennent à la house. Les gens sont dans une atmosphère assez festive, un peu hippie sur les bords. Y’a vraiment une communion entre les artistes qui jouent et le public, pas de snobisme ou quoi que ce soit. Pourvu que c’est bon et que les choses t’emportent tranquillement. Et l’atmosphère de la ville, c’est vraiment quelque chose de beaucoup plus cool que ce qu’on peut trouver à Lyon ou à Paris. Aussi parce que ça coûte moins cher, les gens ont moins de pression et t’as un autre rythme de vie, qui est assez agréable. Très grande ville, moins de monde, de la place pour tout le monde. Et vraiment un contact avec les artistes qui est facile. Toutes les soirées où on a été avec Miimo, on a toujours fini à discuter avec tous les artistes de la soirée, y’a une accessibilité qui n’est pas du tout celle qu’on a en France. C’est beaucoup plus ouvert aussi que Londres ou New York. Là bas y’a pas de distance entre ceux qui font la musique et ceux qui la reçoivent. Y’a cette communion qui est assez incroyable.

Artwork de Oblast – Gravity
OBLAST – Gravity (preview) by OBLAST

 

Si vous deviez faire découvrir cette scène, à travers plusieurs artistes, y’a les artistes qui ont influencé Oblast en premier lieu, et sinon la base de la base,  le kit de découverte de la scène berlinoise, ou plutôt de la techno berlinoise.

M : Alors pour moi la grosse découverte ça a été le Trésor ! Aussi le Renate et ses DJ house,parce que je ne connaissais vraiment pas ça à la base.

J : On parle de techno là, on parle de techno !
M : Ouais on parle de techno, haha. En fait, quand on produit je lui dit toujours “Jas, on fait de la techno !” parce que parfois il fait des trucs, c’est pas assez techno et je lui dit ça. Non mais pour le coup, moi la vraie découverte, certes ça a été la techno au Berghain, au Watergate, mais le Renate, ce côté house que je connaissais absolument pas, venant de la french touch et du 2.0, moi c’était la grosse découverte. Je n’aimais pas ça, et au bout de
6 mois j’étais comme un con devant le DJ !

 

Tu es plutôt bien placé (étant chez Art Feast) pour parler de la scène lyonnaise, qu’est-ce que tu en penses justement ?
M : A Lyon, y’a un truc dont je suis super content c’est que ça va faire a peu prés 1 an que ça bouge vraiment et ça, ça fait plaisir, parce qu’avant Lyon c’était super fermé, même en terme de club ou de programmation, y’avait pas du tout ça, et là ça s’ouvre et ça fait vraiment plaisir. Je ne sais pas si t’as remarqué ça aussi Jas, parce que tu ne reviens pas souvent à Lyon ?
J : Ce que j’ai remarqué c’est qu’il y avait les Nuits Sonores, avant y’avait pas grand chose, et maintenant c’est vrai qu’il y a pas mal de promoteurs qui organisent des soirées, qui font venir des artistes de France, d’ailleurs, et surtout y’a un public qui commence à se créer et c’est le plus important parce que s’il n’y a pas de public, il n’y a pas de soirées, donc là j’ai l’impression que les nouvelles générations commencent à s’ouvrir à plein de trucs différents, qui devient un public plus averti que ces dernières années. C’est ce que je vois à travers Miimo et d’autres promoteurs de Lyon, parce qu’à la base WAT c’est un groupe de Lyon. C’est d’ailleurs Art Feast qui nous a fait jouer tout au début.
M : Et y’a un autre secret, c’est que WAT seront les guests de la prochaine Jeudi Orgie à la rentrée, le 29 septembre.

 

Est-ce que vous pouvez balancer une petite playlist du moment, pas forcément en rapport avec Oblast, juste les morceaux que vous écoutez le plus en  ce moment ou qui vous ont marqué ?
M : Alors je vais te dire
- Pan-Pot – Black Horse Down [Ecouter]
- TWR72 – Future Tool [Ecouter]
- Solee – Oasis [Ecouter]
- Brian Sanhaji – Top Down Dry [Ecouter]
- Marc DePulse – PS.You Rock
(Spectre Remix) [Ecouter]
- Soul Clap – Extravaganza [Ecouter]
- Dany Daze – Your Everything [Ecouter]
- Lee Foss -  You Got Me [Ecouter]

/// BONUS ///

Début du succès, la track Oblast – Ostkreuz a été utilisée par le metteur en scène Kaspar Lerch, pour une vidéo réalisée pour la boîte de mannequinat seeDS management, avec le modèle Natascha Haack. La vidéo étant plutôt agréable à regarder, ce serait dommage de passer à côté :

 

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