Moderat

 

Moderat, comme chacun sait, c’est l’association de trois artistes berlinois : Gernod Bronsert et Sebastian Szary (aka Szary) de Modeselektor, et Sascha Ring plus connu sous le nom d’Apparat. Le groupe a fait un début très remarqué en 2009 avec l’album Moderat, qui je l’espère fait désormais partie de la sections “grands classiques” de votre bibliothèque musicale, et une série de concerts. En août 2013 sort II, leur second opus – une fois de plus criant de cette volonté de trouver des titres originaux – qui a fait l’objet d’une critique plus mitigée à cause de sa “déviance pop”, comme se plaisent à le dire la plupart de ses détracteurs. Nous on a trouvé ça quand même très bien et je vous invite à relire notre critique de l’album.
 

Moderat, de même que Modeselektor depuis de longues années, travaille en étroite collaboration avec le collectif graphique Pfadfinderei qui réalise les visuels d’albums, les scénographies, les clips vidéo… et part en tournée avec eux. Ils nous en disent un mot un peu plus loin.
 

La tournée européenne de II devait faire une escale par Lyon au Transbordeur le 26 septembre 2013 [ MINUTE GOSSIP : mais Sascha s'est malheureusement pété la jambe en faisant de la moto avec sa copine ] et a été reportée au 21 février dernier, en plein milieu d’une série de concerts ultra-condensée à cause de l’accident. Nous avons réussi à leur arracher une petite demi-heure, au cours de laquelle ils nous parlent de la tournée, du fonctionnement du groupe, de leurs projets, leurs frustrations, leurs envies. C’est une part d’intimité qu’ils ouvrent à nous et j’espère que vous aurez plaisir à y entrer avec nous en lisant cette interview.
 


 
Bonsoir, Moderat. Vous allez bien ?

Très bien.

 

Comment se passe la tournée ?

SASCHA
C’est plutôt détendu. La plupart du temps il ne se passe rien. Maintenant tout est structuré, c’est un vrai programme. On voyage, surtout, et la journée est ennuyeuse sauf l’heure et demie sur scène, et c’est pour ça qu’on le fait. C’est très différent de la culture DJ. Certains DJs aujourd’hui sont vraiment gâtés – tu n’as même pas besoin d’être un bon DJ pour dormir dans des bons hôtels et te faire inviter à dîner par l’organisateur. Mais le rapport est différent : un seul DJ et beaucoup de gens viennent dans le club, boivent des coups et dépensent de l’argent. La tournée d’un groupe, même pour des plus connus, c’est une vie beaucoup moins glamour. On est dans un tour bus avec onze personnes, et tu finis dans des pièces comme celles-ci [backstage du Transbo, NDLR] à chaque fois. Pas de chambre d’hôtel.
 

SZARY
C’est confortable comme bus, mais bon …
 

SASCHA
J’aime bien cette vie. C’est bien plus gratifiant de savoir que tous ces gens sont venus exprès pour le concert, surtout tôt dans la soirée comme aujourd’hui.

 

Vous avez pu faire un tour dans le coin ?

GERNOD
On s’est habitué à ne pas se poser. C’est pas la première fois, on tourne depuis très longtemps maintenant.
 

SASCHA
En arrivant tu n’as même plus la foi de sortir visiter, même pendant une belle journée comme hier à Zurich, c’est plus facile de faire le paresseux et de rester dans le bus.
 

GERNOD
Je suis quand même allé acheter du vin dans le Vieux Lyon !

 

Ce soir, Anstam ouvre la soirée. C’est vous qui avez choisi votre première partie ?

SZARY
C’est notre ami, il est signé chez 50Weapons, on l’a pris avec nous en tournée ! Qui d’autre ? Il est parfait.
 

SASCHA
Oui il a joué avec nous même pour le premier album il y a cinq ans et déjà on aimait la combinaison. On est resté avec lui et on aime bien ce qu’il fait. Particulièrement ces temps-ci, Moderat apparaît comme un projet plus pop et le public prend plus facilement peur devant Anstam. Mais c’est nos racines, notre musique, donc on aime bien combiner les deux.

 

La même chose pour Jon Hopkins ?

SASCHA
Oui, pareil, on aime beaucoup ce qu’il fait. Mais on ne l’a invité que lors d’un seul concert, à Berlin. On a tous aimé son album. Je l’ai eu très tôt, je jouais toujours Open Eye Signal quand il travaillait encore dessus. Il me l’a envoyé, je le jouais tout le temps et ça envoyait, alors qu’il n’était même pas encore masterisé !

 


 

Revenons-en à Moderat. Tu viens de dire que le projet appelait un public plus pop, et cela a été très critiqué. Qu’est-ce que vous en pensez ?

SASCHA
Ce n’est pas notre choix, on a fait la musique qu’on voulait faire. J’ai effectivement l’impression qu’on a atteint de nouvelles personnes, qui ne connaissent ni Modeselektor, ni Apparat. Ils viennent et découvrent “ah oui, c’est deux groupes ensemble”. C’est une avancée dans de nouveaux territoires mais ça arrive, c’est comme ça. On s’est pas retrouvé dans le studio en se disant “allez, on va faire un album pop”. Au début d’ailleurs je pensais ne pas vouloir chanter sur cet album, j’avais déjà beaucoup chanté sur ma dernière tournée Apparat et je voulais faire une pause. Mais quand ils te donnent des idées de musique et qu’elles te donnent envie de chanter dessus, c’est dommage de rater ça et de ne pas continuer dans cette direction.

 

Justement, comment ça fonctionne entre vous, souvent une idée instrumentale par dessus laquelle tu chantes ?

SASCHA
Non, ça part dans toutes les directions. Chacun commence et donne une idée aux autres, dans tous les sens. C’est assez compliqué parfois parce que tout le monde fait un peu de tout.

 

Vous êtes toujours tous les trois dans le studio, ou parfois quelqu’un envoie une idée depuis chez lui ou ailleurs ?

SZARY
Parfois chez nous, parfois dans un hôtel, parfois dans le studio … quand tu as quelque chose en tête il faut le noter rapidement.

 

Et ça arrive en tournée, quand tu ne peux plus rien y faire ?

SASCHA
Malheureusement pas si souvent. La tournée ce n’est pas très inspirant. En vacances c’est différent. Je loue … louais (en regardant sa jambe) des motos, et se balader dans la campagne ça inspire beaucoup.

 

Est-ce que la performance live fait partie intégrante du projet II ?

SASCHA
Certains ont une perspective live en tête plus que d’autres. Gernod l’a toujours. Quand on est dans le studio il est là : “non on ne peut pas faire ça comme ça si on veut le jouer en live”. Personnellement je n’y pense pas trop mais on savait évidemment qu’on allait le jouer en live plus tard.
 

GERNOD
C’est bien de garder ça en tête. Mais je le fais suffisamment pour nous trois. Ça les distrairait trop.

 

Pfadfinderei faisaient-ils partie du projet dès le début aussi ?

GERNOD
Je pense que ça fait plus de quinze ans qu’on travaille avec eux. On s’est rendu compte il y a au moins dix ans qu’il n’y a pas vraiment d’intérêt à les inviter systématiquement dans le studio pour avoir leur avis. Donc quand on fait des progrès ou qu’on passe une étape dans la production et qu’on a quelque chose à faire écouter, on le fait écouter à quelqu’un d’autre (quelqu’un du label par exemple) et ensuite on invite également Pfadfinderei pour avoir une idée de la direction visuelle que ça va prendre. Ils sont de bons indicateurs pour tester notre musique parce qu’on a déjà tellement tourné avec eux qu’ils connaissent vraiment bien notre musique et que quand ils disent “c’est de la merde” …
 

SASCHA
Il suffit de regarder leurs têtes quand on joue…
 

GERNOD
Donc c’est une sorte de travail d’équipe. La question de l’œuf ou de la poule est une chose à laquelle on ne peut toujours pas répondre, en revanche. Mais je pense que généralement c’est la musique qui vient en premier.
 

SASCHA
On leur fait confiance et on les laisse faire ce qu’ils veulent à 90%.
 

GERNOD
Arrête, on n’a rien à dire sur leur travail. 99%.

 

Ci-dessous un document d’anthologie, une des premières collaborations Modeselektor/Pfafdinderei, sorti en 2005 dans la compilation DVD Labland.

 

Quand l’album est sorti, est-ce qu’il était conforme au projet Moderat, selon vous ?

SASCHA
Gernod a fait une dépression nerveuse. On était dans le studio en train de prendre des notes avec l’ingénieur mastering et Gernod était là : “C’est de la merde, c’est de la merde.”. Au bout d’un moment on a du lui dire de partir.
 

GERNOD
J’étais vidé. J’aime l’album bien sûr, mais j’avais passé trop de temps dessus.
 

SASCHA
Pour moi c’est pratiquement toujours la même chose. Quand l’album est fini tu n’as pas envie de l’écouter ou de dire aux gens qu’il est bien. Mais malheureusement il le faut.
 

SZARY
C’est évidemment un plaisir de travailler dessus. C’est la même chose pour tout artiste – sculpteur, peintre … – est-ce que c’est prêt ou est-ce que que ce n’est pas prêt ? Tu as une deadline et tu dois alors choisir si tout ce que tu fais maintenant est pour toujours ou non. C’est comme ça que ça marche.

 

Qui revient toujours en arrière avec des modifications et qui dit que c’est bon ?

GERNOD
Sascha et moi sommes très difficiles. On se dispute tout le temps et Szary a l’a chance d’être au milieu. Comme on vient de le dire, quand on a fini cet album j’étais trop proche de tout ça, j’y ai donné tellement d’énergie que je me sentais vide. Et il y a quelque jours, je me suis rendu compte qu’en concert on joue maintenant presque tous les morceaux de l’album ! Quand on travaille on se donne de très hauts standards : la musique que l’on choisit pour nos sets, la musique que l’on produit, la musique que l’on écoute … et on a toujours voulu regarder dans une autre direction que le mainstream, même pour le “underground mainstream” comme la techno minimale et toutes ces saloperies. On a grandi avec ça, on cherchait toujours quelque chose de nouveau, et c’est comme ça qu’on s’est rencontré il y a à peu près douze ans. À l’époque on faisait de la musique très différente. Celle de Sascha était très sereine, très fragile, très esthétique, alors que Szary et moi faisions une espèce de hardcore-dancehall-cabaret-trance.
 

SZARY
En clair, nous on fait du bruit…
 

GERNOD
Mais je pense qu’on s’accorde bien non seulement parce que la musique que l’on fait rejoint nos projets individuels, mais parce que c’est une sorte d’esprit qui nous relie et parce qu’on parle le même langage. Revenir au studio maintenant ça n’est pas rien pour nous parce nous avons un peu tourné le dos à nos projets principaux, nous avons fait de Moderat notre bébé maintenant. Moderat est venu au monde lui-même, il n’y avait aucun plan d’attaque derrière, on est simplement allé essayer des choses ensemble dans le studio et c’est devenu le premier album. On ne s’attendait pas à un tel succès.

 

Vous aviez déjà travaillé ensemble avant ?

GERNOD
Pas vraiment. On passait du temps ensemble et on partageait des ides, on était amis, mais quand tu es DJ et as des amis DJ c’est difficile de conserver les amitiés parce tu es toujours ailleurs et tu ne les revois que pendant les festivals. On n’avait jamais imaginé ce que ça deviendrait – et maintenant on est en tournée ensemble et c’est complet à 98%. On a une excellente équipe : on a grandi avec les mecs de Pfadfinderei – c’étaient mes premiers colocs, les ingénieurs du son voyagent avec Sascha depuis sept ans. Les ingénieurs lumière sont ceux qui nous suivent avec Modeselektor. Et aussi le tour management, le booking, on connait tout le monde depuis longtemps. On connait notre tour manager Hubi depuis qu’il a 14 ans, à l’époque on travaillait dans un studio public et il était l’un des gamins qui venaient là-bas pour jouer des disques drum’n'bass. Donc c’est une grosse équipe qui se connait depuis si longtemps que tout le monde peut se faire confiance et cela nous donne beaucoup de puissance et d’énergie. Dès l’instant où on irait voir des grosses boîtes de gestion ou de gros labels, on perdrait peut-être cette magie. Donc on fait tout nous-même : on sort l’album nous même, on gère notre propre booking, etc. Alors bien sûr ça n’est évidemment plus underground, on a nos partenaires partout dans le monde, mais entre nous trois c’est toujours ce feeling naturel qui continue.

 

J’imagine que l’atmosphère change depuis que vous n’êtes plus seulement amis, mais que vous travaillez et êtes en tournée ensemble.

GERNOD
C’est étrange. Ça marche bien, heureusement.
 

SASCHA
Comme il a dit, on est tous devenus professionnels ensemble et on apprend toujours, et on ressent toujours ça comme un groupe de gens qui passent du temps ensemble. C’est bien sûr plus structuré et plus professionnel.
 

GERNOD
C’est très professionnel. Mais aussi très respectueux et organique. Tu vois, on a une grosse remorque pleine de matos. Pendant le chargement et déchargement, on se sent toujours mal tous les trois de ne pas les aider. Ça n’a l’air de rien quand tu es devant la salle de concert et tu vois Apparat transporter des caisses et brancher des fils lui-même avec son équipe.
 

SASCHA
Je n’aurais jamais imaginé ça à l’époque, quand je mixais de la techno hardcore dans des sous-sols. C’est nouveau tout ça, l’image. Il faut penser à ne pas désillusionner le public et faire une apparition parfaite.
 

SZARY
Pour chaque tournée et chaque album, même si c’est le second, on apprend quelque chose de nouveau. Par exemple à la dernière tournée on n’avait pas d’ingénieur du son en salle et je m’occupais de tout le mixage sur scène. Ça marchait, mais sur certains festivals les régisseurs me disaient : “mais tu es fou, tu le fais d’ici, pas de là-bas ?” et on a appris qu’en effet pour la seconde partie de la tournée on devrait prendre un ingé pour le mix. Pas à pas, on apprend. J’ai hâte de savoir ce qu’on va apprendre pour le prochain album.
 

SASCHA
On sait déjà qu’on ne devrait pas jouer tant de fois en si peu de temps. Mais on le savait déjà en fait, on a du le faire à cause de mon accident : tout a été retardé et comprimé. Je pense que c’est bien de jouer dix concerts au maximum, rentrer chez soi un moment, puis recommencer. Sinon, après dix fois ça devient une routine alors que chaque concert devrait être une nouvelle expérience pour tout le monde. Honnêtement, tous les groupes qui disent “chaque show est nouveau, blablabla”, disent n’importe quoi. Bien sûr qu’on essaie de se donner à fond à chaque fois mais au bout d’un moment, après trente concerts, ça s’épuise. Donc c’est bien d’avoir un peu de répit entre temps, trouver de l’inspiration, puis revenir sur scène et envoyer.

 


 

Est-ce que c’est frustrant de toujours tout jouer dans le même ordre ?

SASCHA
Il faut plonger dans le peu de liberté que tu as et en tirer le meilleur. Et c’est une bonne approche parce que sinon tu en fais trop. Parfois l’un d’entre nous n’a rien à faire pendant trois minutes et ce n’est pas un problème. Dans un groupe, c’est la chose la plus difficile pour le guitariste de simplement rester là et ne pas jouer. Les groupes de merdes jouent tout le temps parce qu’ils s’ennuient.

 

Le matos a-t-il changé pour la nouvelle tournée ?

SASCHA
On a gardé le même concept : Gernod fait la plupart des beats et du mix, Szary a tous les signaux sur sa table, il ne fait plus le mixage final, il fait des effets et joue du synthé parfois.

 

Quand on écoute votre musique on peut parfois clairement séparer les éléments Modeselektor des éléments Apparat. Ça va dans le sens que vous vouliez ?

SZARY
On aime penser que Moderat est le produit de trois producteurs, Gernod, Sascha, et Szary. Ça n’est plus Modeselektor + Apparat. C’est vrai qu’on a des racines de nos propres projets, mais nous sommes Moderat maintenant.
 

SASCHA
On essaie même de ne pas utiliser les petits trucs faciles qu’on utilise pour nos propres sons. Tout le monde a ses petites astuces. Et quand on commence à travailler sur un album, il y a des choses qu’on s’interdit. Par exemple, notre synthé préféré du premier album [NI Massive, NDLR] n’était pas autorisé pour notre second album pour ne pas risquer de faire la même chose une seconde fois. On se force également à ne pas être Modeselektor ou Apparat dans le studio.

 

Qui fait quoi dans le studio ?

SZARY
Chacun a ses spécialités. J’aime l’analogique, Gernod aussi. Je travaille rarement sur un ordinateur. Je préfère patcher et brancher des câbles, trouver des sons, des solutions pour un effet ou un drôle de bruit sur un clavier. Quand on travaille en studio on finit généralement par rester longtemps sur ordinateur à la fin pour nettoyer les sons. On appelle ça Sitzfleisch [NDLR : le cul, la capacité à rester en position assise].

 

Quand avez-vous commencé à travailler sur II ?

SZARY
En novembre 2012, mais il a fallu planifier parce que nous étions en tournée. On s’est dit qu’on retournerait travailler en octobre-novembre 2012 et on a fini l’an dernier [L'album est sorti en août 2013, NDLR].
 

SASCHA
Et ensuite on a laissé tomber tous nos autres plans. Quand tu es dans le studio tu dois essayer d’éviter toute forme de distraction. [Il s'adresse alors à Szary, NDLR] “Oh et on t’a pas encore mis au courant, mais pour la prochaine production on va se débarrasser de nos téléphones.”
 

GERNOD
C’est le nouveau plan. J’ai pensé qu’on pouvait acheter des petits téléphones de merde pour 20€ et comme ça on pourra laisser nos iPhone de côté pour six mois. Pas d’iPhone. Pas de distraction.

 

Vous partirez vous isoler, quelque part dans les bois ?

SASCHA
Tu sais, la manière dont on a fait II c’était vraiment comme être dans les bois. C’était en plein milieu de Berlin, à Alexanderplatz, c’était un hiver mortel dehors et personne ne voulait sortir du studio. C’était tellement moche dehors ! Je me souviens qu’on n’arrêtait pas de regarder nos e-mails etc. et je pense qu’on peut éviter ça la prochaine fois.

 

La prochaine fois (III ?), c’est quand ?

On ne sait pas encore quand il sortira, mais on va se remettre au travail à l’automne.

 

Et puis le manager est arrivé et a dit que ça faisait déjà une demi-heure et que ça suffisait. Et c’est vrai que c’était déjà bien. Mais c’est passé très vite. Tout comme la magique heure et demie de concert qui a suivi a semblé durer cinq minutes. Merci, les Moderat. À une prochaine.

 

 
 
Crédit photo : Samuel John Butt
 
 
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