Midland

Midland - Interview Photo : Brice Robert Photographe


Il y a 3 ans, Harry Agius sortait son premier EP en featuring avec Ramadanman ‘Pearson Sound’ Kennedy. Depuis, il a accumulé les sorties et exploré différentes atmosphères tout en multipliant les apparitions. Bien qu’il ne soit pas étiquetable à la légère, on peut toutefois dire sans risque que Midland produit une House et Techno aux influences diverses s’étendant au-delà de ses origines anglaises. Ce qu’il emprunte à la Bass music c’est surtout sa capacité à faire résonner les clubs.
La semaine dernière, il franchissait un nouveau pas en inaugurant son propre label avec l’EP ARCHIVE 01 / REALTIME
Interview avec l’anglais sans limite lors de son passage au Club Transbo à l’occasion de la mémorable HASTE WEEKEND EDITION.

ENGLISH VERSION



Pour vous mettre dans l’ambiance, vous trouverez ci-dessous le Report Vidéo de la soirée réalisé par Stellar Fugitives ainsi qu’un player comportant une sélection de tracks.



On va commencer tranquillement, tu fais quoi en ce moment ?

Hum, je termine cette bière. Et plus sérieusement, je vais ouvrir mon label [NDLR: Graded]. C’est ce que tout le monde fait en ce moment. Mais cette fois ce sera différent. :haha:



Ce sera vinyl-only ? Ça a aussi l’air d’être à la mode.

Non. Tout le monde le fait pour être cool. Certains le font parce qu’ils aiment le vinyle. Je joue sous Serato et j’achète beaucoup de vinyles. Mais ça me paraîtrait hypocrite d’utiliser Serato et de faire du vinyl-only. Donc ouais, j’ouvre mon label et j’ai aussi pas mal composé. Je suis dans une position plutôt confortable en ce moment où j’ai pas mal de concerts. Du coup j’éprouve pas le besoin de produire pour trouver du boulot. Je profite juste du fait de faire de la musique parce que c’est ce qu’il y a de meilleur.



Malgré l’avancée du digital on voit de plus en plus de label vinyl-only apparaître, d’où vient cette mode à ton avis ? C’est une façon de redonner à la sortie l’importance qu’elle mérite  ou juste un moyen d’être plus exclusif ?

Je pense que certaines personnes aiment tellement le vinyle que c’est tout ce qu’ils veulent faire. Pour d’autres c’est un moyen d’être plus exclusif. J’ai pensé à faire du vinyl-only pour mon label parce que je me disais que je pourrai avoir mon disque, savoir qui le voulait vraiment. Et puis je me suis dit qu’au final ce n’était pas moi qui décidait comment les gens apprécient leur musique. Si ? Alors j’ai tranché. Je me dis que tant que c’est bien fait, peu importe sur quel format ça sort. Au final ça reste de la musique.



Le format digital essaie aussi de créer de l’attention et de l’envie. Des snippets, des teasers, …

Ouais, je déteste la tournure que ça a pris : “Aime et partage ça et si j’obtiens des milliers de likes je sortirai l’extrait de la seconde piste sur …”. Et ça en arrive au point où le son sort et tu en es complètement saoulé. Comme les sons des Daft Punk, au début c’était cool et puis c’est devenu chiant et maintenant j’ai même plus envie de les écouter. J’ai pas acheté l’album.



J’ai aussi l’impression que le streaming et téléchargement illégal sont en train de banaliser le bas débit. T’en penses quoi ?

Avant je jouais des mp3s en club et je me suis dit : “un mp3 fait 13 Mo, un waw fait 60 Mo. Tu peux pas avoir la même qualité. C’est pas possible.” Et les gens disent que tu ne peux pas entendre la différence mais sur un bon système tu peux.



Mais alors il faut payer.

Ouais mais j’aime payer pour du wav parce que tu dois aussi être plus sélectif. Comme si t’achetais des disques. J’achète mes sons en wav et en vinyle, parce que j’aime l’avoir en vinyle. Du coup je me retrouve à payer 20£ à chaque fois mais si un son vaut le coup, il le vaudra sur tous les formats.



Tu es curieux et tu trouves sans cesse des nouvelles directions. Tu penses que tu va atteindre un climax un jour et t’y cantonner ou est-ce que la nouveauté fait partie de ton processus de création ?

Je ne me suis jamais vraiment considéré comme expérimental. Je m’assieds juste et fais du son en quelque sorte. Des fois ça sonne d’une certaine façon et parfois d’une autre. Je me dis que maintenant avec Internet tu es exposé tous les jours. Genre un jour tu écoutes de la Folk toute la journée et tu vas vouloir écrire quelque chose de dynamique ou organique et le lendemain tu vas entendre plein de .. Hardcore.. et tu vas vouloir faire un truc robuste. C’est pas aussi simple mais je pense que c’est plus de l’affinage que de l’expérimentation. Genre avant je faisais plus du son d’écouteurs et récemment j’ai fait des sons plus clubby. Maintenant j’essaie de trouver une sorte d’équilibre.



Donc tu admets essayer d’atteindre un idéal ?

Ouais, le parfait son d’écouteur pour un club. Mais dès que tu commences à te répéter ça devient ennuyant.



Quel outil ou connaissance t’as le plus permis d’améliorer ta musique selon toi ?

L’outil qui m’a le plus aidé, c’est des bons moniteurs. Des bonnes enceintes. Si tu commences à faire de la musique sur des bons moniteurs, au moins tu sais que ce que tu entends est réel. Donc j’ai toujours eu des bonnes enceintes et au début ça sonnait juste dégueulasse et ça a commencé à aller mieux. Et ensuite tu joues un peu plus en club et comprend ce qui sonne bien. Le surplus de détails se perd. Il faut réussir à trouver ce qui sonne juste.



À propos de tes sets, ce que j’aime c’est qu’ils parlent aux pieds et à la tête. Il y a une espèce de narration mais tu as aussi ces sons. Des sons insoupconnés ou inédits, d’où ils sortent ? J’pense à ce remix de Soundstream de Free For All qui m’a rendu fou par exemple.

Tu sais je découvre encore des trucs. Ça fait même pas trois ans que je mixe de la bonne House et Techno. Et j’ai trouvé ce son de Soundstream un jour et j’suis à peu près sur que quand il est sorti la première fois tout le monde le jouait, sauf que j’en sais rien. Du coup les gens t’entendent jouer ce son et se disent “Hum“. C’est comme si un kid commençait à mixer demain et qu’il tombait sur Battle From Middle You de Julio Bashmore, ne la connaissant pas et pensant que c’est quelque chose de secret que personne ne connaît. Et c’est bien aussi, tous les DJs jouent les sons de manière différente. Les recontextualise. Je parlais avec Ben UFO d’une de ses sorties, je jouais toujours la face A et lui la face B, tu vois. :haha: Et je pense que mon objectif en tant que DJ c’est de toujours jouer les face-B inattendues et d’obtenir une réaction. Si tu arrives à faire chanter les gens sur un son bizarre et inconnu c’est beaucoup plus satisfaisant que de sortir le premier tune de Beatport.



T’aime challenger ton public. Genre pas donner …

Pas tout donner d’un coup. En gros, j’essaie toujours de les brasser.



Comment t’organises ta bibliothèque au fil du temps ? Tu joues encore régulièrement des sons que tu jouais en commençant ?

Je me soucie pas vraiment d’avoir des nouveautés. Je joue plus vraiment de promos non plus…



En fait tu as peut-être juste la capacité de choisir les tunes adéquats.

:haha: Non, il s’agit vraiment de réaliser que toutes les foules sont différentes.



J’ai un peu la sensation que tu ne te laisses pas non plus happer par la foule mais que tu la dirige en faisant aussi ton truc.

Oui et non, il y a tellement de variables qui rentrent en jeu. Genre, j’me souviens avoir joué un son un soir et les gens sont devenus fous. Je rejoue le même son le soir suivant et les gens… l’ont pas écouté. Un très bon DJ m’a dit que c’était une question de timing. Chaque track à son moment, il faut le trouver. Alors je me balade dans ma collection, mes vieux crates et mes vieux disques et j’me dis “Ah ouais, je vais recommencer à jouer ce son !”. Parce que ça fait sens par rapport à ce que je joue en ce moment. Mais je fais pas vraiment gaffe à ce qui est tout nouveau. 6 mois. Vois comment ça sonne dans 6 mois.



Tu passes du temps à simplement écouter de la musique ? En ne faisant rien d’autre. Peut-être danser. L’écoute profonde.

Tu sais quoi, pas assez.



Tu continues de chercher des nouveaux sons alors ou tu tombes simplement dessus ?

Ouais, parfois je passe une journée à chercher des nouveaux sons. Enfin quand je parle de “nouveauté” je veux dire des sons jamais entendus auparavant. Et tu peux trouver un ou deux disques qui seront les gros disques de tes sets pour les trois mois à venir. J’ai trouvé une sortie de Jasper Street Company, et c’est juste un track de vocal house, mais un track énorme. Et j’ai commencé à le jouer dans mes sets et les gens devenaient fous et c’est un peu devenu … mon arme.



:haha:

Tout le monde me disait “c’est quoi ? c’est quoi ?”. Maintenant c’est partout sur Internet – “voilà le nom” “voilà le nom”. Dévalisé sur Discogs. Et tu sais c’est plutôt cool. Il faut juste en trouver une autre. C’est ça le challenge. Mais ouais, j’écoute pas assez de musique, genre en entier. J’ai jamais été bon pour ça. Mais parfois t’achètes un album – Radiohead ou le dernier James Blake, tu vois. Je m’assure toujours d’avoir un bon voyage en train pour l’écouter. Mais j’prend pas vraiment beaucoup de temps pour écouter ouais.



J’crois comprendre que la Dance Music ne t’omnubile pas…

Non, j’écoute pas énormément de Dance Music quand je suis pas en train de mixer ou de produire. Je sais pas… De la musique électronique mais pas vraiment la House Music .



Tu penses que c’est toujours cohérent de sortir des albums en Dance Music ? En prenant en compte le fait que de toute façon le format digital nous permettra d’en garder qu’une piste. Qu’est ce qu’une sortie représente pour toi ?

Certains pensent qu’un album c’est la suite logique. Certains ont le sentiment qu’ils doivent sortir un album. Certains artistes sont juste plus à l’aise en sortant des albums. Je vis avec Dom de Mount Kimbie et ils ont sorti un album il y a 2 ans et un maintenant. Ils font pas beaucoup de singles, c’est leur truc. C’est pareil pour John Roberts, qui a sorti, à mon goût l’un des meilleurs albums de House et qui en ressort un. Je trouve que maintenant c’est assez simple de sortir un album, pour moi ça devrait représenter un certain labeur. Tu dois devenir un peu dingue et tu dois tout rejeter et ne pas tout comprendre et…



À la romantique.

Carrément. Si j’écris un album j’irais au bord de la mer et j’m'enfermerai. Pendant genre deux mois. Ou peut-être pas. Peut-être que je l’écrirai juste à Londres.



T’aimes aussi introduire des samples, discrets ou énormes, dans tes sons. J’ai l’impression que c’est une façon de leur donner du grain et d’y mettre une part de toi. Un peu dans une démarche surréaliste dans un sens :haha: J’me trompe ?

Je sais pas. Je samplais beaucoup avant. Des fois tu commences un son par un sample, parfois par un synthé. C’est une manière de démarrer. J’aime aussi quand les sons ont l’air d’avoir été manufacturé. Contrairement à de la musique d’ordinateur. Alors pourquoi ne pas ajouter un peu d’enregistrement ou un sample de vinyle, pour insuffler un peu de vie. Le but étant toujours de donner l’impression que ça a été fait avec des machines. Alors qu’en fait non. C’est ce que je préfère. :haha:



T’as souvent besoin de faire des pauses, comme si t’avais un peu trop entendu ?

Totalement. Le mois de Mars a été intense. J’ai joué 15 fois en un mois. J’suis chez moi genre trois au quatre jours. Alors j’ai pris ma première semaine d’Avril et j’ai joué 7 ou 8 fois, c’est cool. Ensuite je prendrai Juillet et Janvier. Mais j’ai la chance que les gens veulent me voir jouer. Ma mère me dit : “Tu joues où en Mai ?” et je lui répond “Ici, ici, ici, ici, ici, ici” et elle est scotchée. C’est cool, au final on me paie pour voyager et le mix est gratuit. Parce que mixer c’est génial. :haha: C’est juste l’attente dans l’avion qui est ennuyeuse.



À part la House et la Techno, qu’est ce qui te fait danser ou te met la chauffe ?

Sur quoi tu danses qui n’est pas de la Dance Music… Humm.. Je danse pas vraiment. Genre jamais.



Tu bouges la tête ?

Un peu. Je dirais du Hip Hop – parfois. La musique classique. La Folk – j’aime la Folk, ouais. La musique Africaine – j’ai vécu en Afrique. Je joue beaucoup de musique africaine en ce moment.
Ouais, de tout, tout le monde écoute de tout de nos jours.



Pour finir, quel genre de musique appréciée te déplaît ou t’énerve carrément ?

Les sons vraiment à l’ancienne. Beaucoup de Pop music aussi en ce moment, les kids ont vraiment des mauvais exemples auxquels aspirer. T’as Rihanna qui chante à propos d’un mec qui a pas réussi à la lever. Et c’est… J’veux dire, j’écoutais Cypress Hill quand j’avais 13 ans mais au moins tu savais que c’était des durs, qu’ils détestent la police et qu’ils fument un tas de weed. Mais les gens comme Rihanna se veulent être des modèles mais en sont en réalité de très mauvais. Des kids qui grandissent en pensant qu’ils devraient devenir comme ces gens, ça pue la merde.



J’ai réussi à éviter d’entendre du Rihanna depuis genre 3 ans. J’veux dire quel genre de musique t’es vraiment amené à endurer.

Oh. Le Hardstyle c’est plutôt chaud. Comme en Hollande. Le Puff, le Gabber… Mais il y a vraiment aucun son auquel je n’arrive vraiment pas à accrocher. Sinon je l’écoute simplement pas.



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