Dillon


C’était la première fois qu’elle se produisait sur un bateau, lors de son passage à La Marquise pour un concert organisé par Enover, entourée de Tenkah et Seila Chiara, on a pu s’entretenir avec la chanteuse Dillon. Perle rare signée chez Bpitch Control, au genre indéfinissable, elle nous parle de ses émotions, de son processus créationnel, d’Internet et de culture musicale.
 

 

Afin d’accompagner votre lecture en musique, différents lecteurs seront disposés au fil de cette interview, avec une sélection de morceaux de Dillon.


 
Comment te sens-tu avant de monter sur scène ?

Ça dépend de la journée que j’ai eu, c’est toujours différent. Mais j’essaye de prendre du temps pour moi avant de monter sur scène, afin de ne pas être trop affectée par ce qui m’arrive. De manière générale, je pense que c’est important d’arriver sur scène avec une certaine honnêteté. J’aurais du mal à résumer comment je me sens avant un concert.

 
Dans tes morceaux, tu parles beaucoup de tes sentiments. Est-ce que tu penses que ça influe sur tes concerts justement ?

Oui, mes sentiments vont vraiment influer sur le concert que je vais donner, et je pense que c’est une bonne chose. Si j’ai eu une journée particulièrement mauvaise, ça va évidemment influer sur ma performance mais c’est pas pour autant que mon concert sera mauvais, il aura juste été différent par rapport à un jour où j’aurais passé la journée à ma promener dans Paris en amoureux. J’essaye de ne pas trop me déconnecter avec ça. Ça dépend du type de musique que tu veux jouer, mais comme je le disais, le plus important c’est l’honnêteté. Je ne vais pas revêtir un costume et jouer un rôle. C’est pour ça que mes sentiments vont vraiment influer sur le concert que je vais donner, parfois d’une mauvaise façon…

 
As-tu une anecdote à ce sujet ?

Oui, une fois j’ai eu une crise de nerf 10 minutes avant de monter sur scène et j’ai absolument tout oublié. Vraiment tout ! Je ne me rappelle même plus de mon passage sur scène. C’est pour ça qu’il faut apprendre à méditer, rester calme et apprécier le moment. Sinon, tous ces voyages en avion, voiture, toute cette préparation n’aura servi à rien. Il faut que mon concert soit à la hauteur de tout ça.

 
Peux tu nous parler de ton LP ?

Quand nous étions en studio, je ne savais pas sur quel label j’allais le sortir. J’ai eu cette besoin de créer quelque chose qui n’était pas juste une vidéo sur Youtube, pas juste un morceau que tu peux écouter en ligne, ce qui était le cas avant, sauf pour 2 morceaux. Je ne ressentais pas ce besoin avant, c’est pour ça que je n’ai pas sorti d’album avant. Mais quand j’ai eu cette pulsion, je m’y suis tout de suite mis. Ce qui m’importait le plus était de ne pas me perdre pendant la production, j’étais assez protectrice vis à vis de moi même ainsi que de mon travail. J’avais peur d’être en studio avec d’autres gens et d’en ressortir quelque chose qui ne me corresponde pas. Finalement je me suis bien entourée, on a réussi à créer un environnement dans lequel j’étais à l’aise et, une fois mes peurs disparues, j’ai pu faire ce que j’avais à faire.

 

 
Lorsque tu fais un LP, tu travailles d’une manière différente dans le sens où tu sors une dizaine de morceaux, qui doivent s’imbriquer les uns avec les autres.

La seule raison pour laquelle j’ai décidé de l’enregistrer, c’est parce que j’en avais déjà une vision avant d’entrer en studio. Je ne pouvais pas entrer dans un studio et dire qu’on verra bien ce qu’il en sort. J’avais vu un début, un milieu et une fin. J’avais vu la couverture. J’avais tout vu. je savais déjà avec qui je voulais travailler et ce à quoi cela devait ressembler. Je ne me serais jamais lancé sans une vision d’ensemble dans ma tête.

 
Quand as-tu commencé à faire de la musique ?

J’ai commencé à écrire et jouer du piano à 17 ans. Je livais avec mes parents à Cologne, en Allemagne. Je me sentais assez mal parce qu’un an auparavant j’ai pris un tournant dans ma vie, j’avais décidé de m’éloigner de certaines personnes qui n’étaient pas de bonnes fréquentations pour moi. Je ne me sentais pas particulièrement mieux depuis et j’étais très énervée contre le monde ainsi que moi même. J’ai simplement commencé à jouer, au début je ne savais pas jouer. Ce n’était pas vraiment à propos d’apprendre à jouer, mais plutôt d’entendre quelque chose en retour sans avoir à parler à quelqu’un. C’est ainsi que j’ai commencé et je ne me suis jamais arrêté jusqu’à aujourd’hui.

 
Quel était l’idée derrière ta session en streaming sur Ustream ?

Je pense que c’était d’unir tous ceux qui voulaient écouter ou parler, mais ne peuvent pas. J’adore Internet, mais ce que je n’aime pas c’est que les gens pensent souvent qu’une fois que quelque chose y apparait, c’est pour l’éternité. Avec ma session Ustream c’était tout l’inverse, c’est là et tu le regardes, où que tu sois. Ça ne sera pas enregistré, enfin tu peux l’enregistrer si tu veux, mais cette session c’était simplement moi essayant de rentre Internet un peu plus réel, un peu plus humain et moins abstrait pendant un moment. C’est simplement moi, chantant dans mon appartement et c’est un petit peu comme si je chantais pour les gens, chez eux. Pas tout le monde n’a les moyens pour se rendre à mes concerts et je ne passe pas par toutes les villes, donc c’était un moyen d’unir tout le monde ensemble, comme un patchwork.

 
Comment en es-tu arrivée à être signée sur Bpitch Control ?

J’adore la Techno, je connaissais évidemment Bpitch. J’adore la musique électronique et c’est un des labels les plus respectés en Allemagne et de par le monde, donc je les suis de près. Ils ont entendu parler de moi et m’ont demandé si je voulais travailler sur une compilation Bpitch. Donc on est allé en studio. Je me suis dit que ça pourrait bien fonctionner car ils sont vraiment ouverts à la création et aux artistes passionnés par ce qu’elles font. De plus, ils ne se restreignent pas à un certain genre de musique ou d’artiste. On a alors commencé à en parler et j’ai réalisé que c’était exactement l’environnement dans lequel je me voyais travailler. On a donc décidé de le faire, c’était assez simple en fait.

 

 
Comment est l’ambiance au sein du label ?

Je suis assez déconnectée de genres de musique en particulier pour être honnête, je ne traîne pas trop avec les musiciens. Je n’en connais pas vraiment et je n’aime pas travailler avec des musiciens que je ne connais pas. Mon cauchemars serait de faire une session jam avec d’autres musiciens ! Mais si tu veux bosser avec quelqu’un, ils sont tous très ouvert d’esprit. Une collaboration peut facilement commencer à partir d’un “On devrait faire quelque chose ensemble !”, comme je l’ai fait avec Telefon Tel Aviv, qui est également sur Bpitch. Pour moi le travail d’un label est vraiment d’aider les artistes à réaliser ce qu’ils veulent faire, au lieu de simplement faire part de suggestions. J’arrive avec des idées et ensemble on développe un plan, pour que ça se mette en place.

 
Cette collaboration avec Telefon Tel Aviv, c’est juste le temps d’un morceau ou il y a quelque chose de plus gros derrière ?

On a juste fait un morceau ensemble, qui devrait sortir cette année. C’était très excitant parce que, comme je l’ai dit, je ne bosse jamais vraiment avec d’autres artistes. On se connait depuis qu’on a 15 ou 16 ans, on allait à des concerts ensemble à Cologne. C’est important de trouver les bonnes personnes, en qui on a confiance, pour produire ensemble. Je suis vraiment heureuse de cette collaboration et je pense que le résultat est intéressant.

 
Tu fais pas mal de covers.

J’adorerais faire un album de covers, mais je ne peux pas faire ça. Parfois je pense qu’il y a tellement de bonne musique que tu n’as pas besoin d’en faire davantage. Avant de chanter quoique ce soit, je chante des morceaux d’autres artistes qui m’émeuvent. Mais je ne ressens pas le besoin de faire une compilation, même si je pourrais très bien imaginer faire un album de covers de RnB au piano mais je ne pense pas que ça arrive dans un futur proche.

 
Est-ce que tu travailles sur un prochain album ?

Non. Mon esprit travaille dessus mais, si la question concerne un travail en studio, non pas du tout. Pour l’instant je réfléchis juste à ce à quoi il serait intéressant d’écrire et tant que je n’ai pas de vraie bonne idée, je ne vais pas gâcher du papier et de l’encre. Oui, je suis à fond dans la protection de l’environnement. (rires)

 
Qu’est-ce qui t’inspires lorsque tu écris ? Quels sont tes influences musicales ?

Je m’intéresse beaucoup aux relations entre les personnes. Perte, espace, manque d’espace, séparation. Le passé, le présent, le futur, comment le passé affecte le future… C’est assez humain finalement. Seulement moi qui vit et qui observe. C’est difficile parce que je n’ai pas commencé la musique en m’inspirant d’un genre en particulier. J’ai grandi en écoutant tous type de musique : de Earth Wind and Fire à Billie Holiday, qui est mon chanteur préféré, New Order, The Doors, U2 et Depeche Mode. Pas mal de Rnb et de Hip-Hop aussi. En studio j’essaye surtout d’organiser et sortir mes pensées de ma tête. Je ne me dis pas que je vais faire un morceau qui ressemble à ci ou à ça. Je ne sais pas à quoi va ressembler le prochain album, j’essaye de ne pas trop y penser, ça m’effraie parfois. Je pense pouvoir me définir en disant que je fais de la musique électronique avec des vocaux de femme. D’ailleurs je trouve que ça fait bien allemand comme description.

 

 
Est-ce que tu souhaites quelque chose de particulier pour ton prochain album ?

Oui, je veux qu’il soit honnête. Je n’ai absolument aucune pression. J’ai 24 ans, je n’ai pas d’enfants à nourrir. Je suis dans une position où j’ai la liberté de ne pas me mettre la pression. C’était déroutant l’année dernière parce que de plus en plus de personnes venaient à mes concerts. Il y a un an et demi, je jouais devant 30 personnes et 15 étaient sur ma guest-list, alors que maintenant mes concerts sont complets. Je pense que la pression vient d’elle même. C’est perturbant donc je n’ai pas envie d’y penser parce que c’est là que tu te mets à prendre des décisions qui n’ont rien à voir avec ce que tu aurais fais au tout début. Il y a des personnes qui attendent quelque chose de toi et si tu n’es pas suffisamment honnête, tu peux les décevoir. Je serais plus gênée de décevoir les gens à cause de décisions basées sur des tendances ou sur la volonté d’autres personnes plutôt que sur des décisions honnêtes.

 
Quel serait ton Top 5 du moment ?

Tu sais, je n’écoute pas énormément de musique. Pendant un moment j’écoutais surtout la musique que j’ai toujours écouté, à savoir les groupes cités tout à l’heure comme Depeche Mode. J’écoutais aussi pas mal de Pop et de RnB. Je suis une grande fan d’Aaliyah. À un point où j’ai ressenti le besoin d’écouter ce qui sort de nos jours. J’ai donc commencé ce rituel, tous les dimanche, d’acheter un disque et de l’écouter dans mon lit avec du café. Je peux vous dire quels sont ces disques, et ce n’est pas nécessairement parce que j’avais de l’intérêt pour ces artistes mais plutôt parce que beaucoup de personnes en parlaient et j’ai décidé de m’ouvrir à eux de manière honnête. Ces artistes sont Cat Power, The xx, Bon Iver, John Mouse ou encore MGMT. C’était un vrai soulagement d’écouter de la musique que je n’avais pas connu pendant mes 24 ans d’existence.

 
Tu regardes beaucoup de films ?

J’adore le cinéma mais ce que j’aime par dessus tout, c’est les documentaires. J’en regarde au moins 3 par semaine, parfois 10. Ça dépend du temps que j’ai. Des documentaires à propos de tout, des troubles de la personnalité aux crises des années 50 aux États-Unis. Absolument tout.

 
Par quel artiste aimerais-tu te faire remixer ?

J’en ai aucune idée ! Peut-être DJ Hell. (rires) Mais malgré tout, je ne suis pas une grande fan des remixes parce que j’ai souvent l’impression que les gens rajoutent juste une bassline et accélèrent le tempo.

 
 
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