Chinese Man


 
Lors du festival Reperkusound, qui a eu lieu à Lyon, au Double Mixte, le week end du 6 au 8 avril, on a eu l’occasion d’interviewer quelques uns des groupes présents à l’affiche. C’est avec celle du célèbre groupe français de Trip-Hop Chinese Man que l’on commencera. Révélés au grand public en 2006 grâce à l’utilisation de leur morceau I’ve Got That Tune dans un spot TV Mercedes, ils nous racontent leur histoire, depuis la création du groupe jusqu’à leur dernier album et leur tournée Live, en passant par leurs influences très riches et variées.
 

 
Afin d’accompagner musicalement la lecture de cette interview, des morceaux du groupe Chinese Man sont disposés au fur et à mesure, n’hésitez pas à les lancer afin de vous plonger dans l’univers des artistes. On commence avec leur fameux titre I’ve Got That Tune
 

> Cliquez ici pour écouter : Chinese Man – I’ve Got That Tune

 
 
On commence par une question bateau : d’où vient votre nom de groupe Chinese Man ?

En fait, c’est le nom de notre premier morceau. On l’avait un peu gardé de côté parce que c’est un morceau plutôt Downtempo et comme à la base on sortait des vinyles, on avait envie de choisir des morceaux plus énergiques. Par la suite, on s’est également rendu compte que ça correspondait bien à notre esprit et quand il a fallu mettre un nom sur le vinyle on a choisi celui-ci.

 
Justement, par rapport à votre nom, d’où vous viennent ces références un peu orientales, asiatiques ? D’ailleurs, d’où vous viennent vos références en général ? Il y’en a tellement, on se demande comment vous parvenez à les canaliser.

A la base, ça nous vient des samples. On en prend vraiment de partout, forcément, parce que plus ça va et plus les sources un peu traditionnelles de samples (comme la Soul ou la Funk) commencent à être beaucoup utilisées. Il faut donc aller chercher des sonorités un peu différentes et cela passe par ce genre de musiques, un peu orientales et qui n’ont pas encore été exploitées. Pour nous, ça représente de nouveaux territoires à explorer et à déchiffrer. Après, il y a rarement une réflexion qui entraine l’action, on tombe souvent sur des choses qui nous plaisent et à partir de là, on les incorpore à notre musique. Par exemple, sur Racing with the Sun, les sons orientaux présents sur l’intro, sont là parce qu’on a trouvé des samples de ce style là, en plus ça tombait bien avec ce qu’on voulait faire. En réalité, c’est vraiment notre travail qui découle des samples que l’on trouve et pas l’inverse. D’ailleurs, quand tu découvres un sample sur un vinyle, y’a forcément un autre sample ou deux à utiliser. Sur Racing with the Sun, y’a certains disques sur lesquels on a pris 3 à 4 éléments, parce que ça apporte de la cohérence et aussi parce que tout simplement c’est dur de trouver des samples. T’as des groupes, qui sans le savoir, jouaient de la musique qui était très facilement samplable et eux même, n’en avaient pas conscience.

 

> Cliquez ici pour écouter : Chinese Man – Ordinary Man

 
Par rapport à tout ce travail de sampling, vous êtes assez nombreux donc comment vous répartissez-vous la tâche ? Et pour la production, comment vous débrouillez-vous pour travailler tous ensemble ?

En fait, tout le monde cherche de son côté au départ. Principalement, Mathieu (alias Zé Mateo, ndlr) et moi (John alias DJ High Ku, ndlr) vu qu’on est DJ donc naturellement on a le truc. Ensuite, on se réunit et on écoute nos samples tous ensemble. On fait aussi pas mal de sessions d’écoute de vinyles qu’on chope à droite à gauche pour voir ce qui peut nous intéresser. On met toujours des trucs de côté, on sait que tel vinyle contient telles voix ou tels éléments… à force, on a constitué une sorte de bibliothèque de samples avec : les samples principaux, les samples de complément (les voix), les batteries, etc.
 
Enfin, il faut travailler les samples. Ça passe soit par le rajout de synthés, soit par le rajout d’autres samples à côté. En général, c’est Mathieu qui fait les rajouts car c’est lui qui a le plus de dextérité. Après on scratche tous les deux, mais c’est plus pour apporter une certaine « musicalité » plutôt que de la technique. Sly, lui, est aux machines mais c’est vrai qu’il est aussi compositeur donc on compose vraiment à trois.

 
C’est vrai qu’on a lu dans votre description que vous étiez 1 beatmaker et 2 DJ…

On est tous les 3 beatmakers au final parce qu’on fait des beats ensemble mais c’est vrai que Mathieu fait pas mal de sons tout seul, moi j’en fais un petit peu et Sly est celui qui a le plus d’expérience et de savoir-faire. Après c’est dû à l’outil qu’il utilise, ça fait des années et des années qu’il utilise un soft et au bout d’un moment c’est devenu le prolongement de sa réflexion, c’est comme nous, les platines, on sait faire des choses assez musicales et ça vient s’ajouter comme ça, comme un ingrédient. Après on a découpé ça de cette manière parce qu’il fallait identifier qui fait quoi et parce que si on était 3 DJs, on aurait été catégorisés turntabilism alors qu’en réalité, on fait un peu de tout. Le plus gros du boulot se fait à 3, on a ce besoin de tous être d’accord et il n’y aurait pas cette alchimie, cette effervescence qui nous permet de créer si on bossait chacun dans notre coin.

 

> Cliquez ici pour écouter : Chinese Man – Artichaud (Live Montmartre)

 
Trouvez-vous que votre succès soit aller rapidement depuis votre “mise en lumière” engendrée par la pub Mercedes de 2006 qui a utilisée votre morceau I’ve Got That Tune ?

En fait si tu regardes, si tu fais un bilan sur la durée, on a été créé en 2004, on est en 2012, ça fait 8 ans et on a sorti que 3 albums. On a jamais eu le sentiment d’aller vite étant donné que toutes les étapes se sont faites d’une manière très naturelle. Après la pub, on a eu des propositions de maisons de disque pour des CD 2 titres, pour sortir un album dans la veine de I’ve Got That Tune. On a préféré attendre 6 mois, sortir un EP, et 6 mois après, l’album. Cela nous a également permis de nous laisser du temps et d’avoir public différent de celui que l’on aurait eu avec le succès du morceau. On a commencé à mettre le live en place avec les morceaux du Groove Session vol. 2 que l’on jouait en fin de soirée. Tout ça pour arriver, 4 ans après, à jouer parmis les têtes d’affiche. Finalement, on a connu une ascension relativement lente mais constante depuis le début. On aurait pu profiter de la pub pour décoller mais on a préférer mettre l’argent de ce projet de côté, pour pouvoir rester indépendants, sans être identifié comme « le groupe de la pub ».

 
Pourquoi avoir fait un album « à part » avec Racing With The Sun et pas un 3ème volume des Groove Session ?

Alors, parce qu’on avait envie de faire un album depuis très longtemps et que les Groove Sessions étaient plutôt conçues comme des compilations. Le travail se fait pas du tout de la même manière sur un album, c’est beaucoup plus long, ça demandait de trouver justement une ligne conductrice, de faire en sorte que ce soit un peu comme une histoire à écouter et du coup, on a passé beaucoup plus de temps à le réaliser que sur les Groove Sessions où, en fait, on produisait quand on pouvait, à notre rythme. Donc là, c’était plutôt un projet d’ensemble qui rassemble tout ce qu’on avait mis en place depuis quelques années : les gens qui font le travail vidéo, les graphistes, toute l’équipe, la production d’un live qui a vraiment un sens par rapport à l’album. On a essayé de donner une unité à tout ça. C’est la raison principale, donner naissance à un vrai projet d’album que l’on puisse défendre par la suite.

 
Pour en venir à la production, quel matos avez-vous et comment l’utilisez-vous ?

Alors : séquenceurs, éditeur audio et tout, on est sur PC, enfin, Sly bosse sur PC et on est sur un vieux logiciel que je ne recommande à personne, sinon après Technics MK2 en platines, on utilise Rain, Serato avec qui on est en partenaire pour tout ce qui est live. Sinon, on est assez friands des synthés à modélisation, enfin synthés numériques à modélisation analogique (MicroKorg, Virus etc.). Tout ça, c’est pour ajouter des mélodies au clavier, des arrangements et puis après, on fait appel à des musiciens. Racing With The Sun, on l’a vraiment fait en trois temps. On a commencé par tout un travail préparatoire de notre côté, en allant aussi loin qu’on pouvait avec la matière qu’on avait à disposition. Ensuite, on a une partie des musiciens qu’on connaissait en France qui ont travaillé dessus, à qui on a envoyé des pistes et nous, on est parti en Indonésie pour bosser avec le groupe Dubyouth. Ça nous a permis de poser pas mal de trombones et de guitares sur différents morceaux. Enfin, on est rentrés et y’a eu toute la phase de peaufinage. Parce qu’on aime bien incorporer les instruments comme des samples en fait, on a besoin de tout redécouper, retraiter, tout ça quoi. C’était vraiment un plus pour l’album.

 

> Cliquez ici pour écouter : Chinese Man – Get Up feat. Ex-I, Lush One, Plex Rock

 
Sinon, depuis 2008, vous avez sorti un album tous les 2 ans. Est ce qu’on peut espérer voir le prochain sortir en 2013 ?

Non, non non ! On fera un album qui sortira (éventuellement) en 2014 mais pour l’instant y’a rien de prévu. On veut aussi développer le label à côté et puis justement, c’est pas mathématiques, si ça s’est présenté comme ça c’est parce qu’on avait l’énergie et que ça tombait bien. Pour Racing With The Sun, on a attendu longtemps avant de le démarrer. On a pris le temps d’en parler avant pour savoir dans quelle direction on voulait aller, quelles étaient nos envies par rapport à ce qu’on avait fait avant. Je pense que pour l’instant, on est encore dans la descente de Racing With The Sun, donc avant d’entamer une remontée vers autre chose, il va falloir recharger.

 
Est-ce que ce sera un album encore ?

On ne sait pas ! Après le système des compils il est indépendant, c’est-à-dire que nous on sort du vinyles sur des projets qui sont très différents, qu’on va essayer de développer. Pourquoi pas aussi refaire un maxi parce que c’est un format efficace qui nous plait bien ! En plus, maintenant qu’il y a pas mal de producteurs et de rappeurs dans le label, on sait qu’on a de quoi faire un Groove Session vol. 3. Le travail d’album en tant que groupe Chinese Man vient d’une envie commune donc ça sera au moment où on sera prêts, quand on n’en pourra plus de ne plus faire de musique. On est indépendants pour ça, pour à un moment donné ne pas avoir à se forcer.

 

> Cliquez ici pour écouter : Chinese Man – Racing with the Sun (Deluxe remix)

 
Par rapport à votre nouveau label, on a découvert le groupe Deluxe il y a peu et on se demandait comment se faisait vos choix d’artistes ? Cela passe avant tout par des rencontres ?

Il faut que le projet nous plaise et qu’en même temps, humainement ça se passe très bien. On s’est fait chier à monter un label entre nous et ça marche, justement, parce que c’est entre nous ! Du coup voilà, Deluxe c’est un peu le cas, on les a rencontré y’a un petit moment et puis on a doucement commencé à s’approcher d’eux. Pareil, ils ont capté un peu le système, parce que c’est aussi ça de travailler avec un label indépendant, c’est assimiler la façon dont on travaille, de pas viser un truc qui soit hors de notre portée (que ce soit humainement ou même artistiquement) et puis d’avoir la possibilité de répondre à toutes leurs demandes mais tout en s’associant artistiquement au projet, c’est aussi notre boulot de producteurs. Du coup, on prend le temps de faire les choses bien. On s’accorde un vrai moment pour les accompagner artistiquement et du coup là, c’est un chouette projet mais on pourra pas signer 10 artistes par an chez Chinese Man Records, c’est pas l’objectif. Et puis, c’est aussi ça qui est intéressant, travailler avec un artiste en développement et pas un artiste qui arrive avec un projet tout fini où il faut juste signer, on n’a pas cette veine là quoi. L’idée c’est vraiment d’accompagner, après il y aura peut-être d’autres rencontres qui feront qu’on fera différemment mais pour l’instant, c’est comme ça que ça se fait.

 
Enfin, est ce que vous pourriez donner une sélection de morceaux qui poserait les bases de Chinese Man, vos influences ?

C’est super dur comme question ! Pour faire court, en rock, je dirais The Doors avec des morceaux comme Riders On The Storm ou The End. Par rapport à la manière dont on produit, il y a toute une essence qui est vraiment Hip Hop, l’époque DJ Premier ou encore De La Soul qui utilisaient beaucoup de samples. On a été aussi très influencés par toute la veine Abstract Hip Hop avec DJ Shadow, DJ Krush, The Herbaliser ou encore Le Peuple de l’Herbe. Il y a aussi des gens comme Nina Simone qui nous ont beaucoup marqué, ou quelqu’un comme Lee Perry, par rapport au traitement du son. Nos bases sont beaucoup plus Reggae que Hip Hop dans le traitement du son et dans les mélodies. On peut citer aussi la musique brésilienne pour l’ambiance que ça peut apporter ainsi que le travail rythmique, qui apportent souvent un énorme truc aux morceaux. D’ailleurs, dans la musique brésilienne il y a des morceaux qui sont tristes, avec une espèce de mélancolie mais en même temps joyeux et ça me fait penser à la musique qu’on fait. Y’a Saudade et Ta Bom qui sont dans cette ambiance là, ou encore One Past qui est un morceau qui commence super dark et qui après, devient plus joyeux. Après voilà on écoute de tout, mais clairement on doit citer le Hip-Hop et le Reggae pour la couleur de notre son.

 

> Cliquez ici pour écouter : Chinese Man – Ta Bom feat. Tumi & General Elektriks

 
 
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