Dadub – Untitled EP

Le mois dernier sortait Untitled chez Stroboscopic Artefacts, dernier EP en date du duo Dadub.
 

Truth de Dadub figure sur mon top 5 des morceaux de l’année, après les avoir vus en live au festival Atonal de Berlin. Avec Untitled on monte un cran au-dessus.
 


 

L’histoire derrière l’EP est une rêverie sur le thème mythologique de Déméter (déesse de l’agriculture, la plus hippy d’entre toutes, rappelez-vous vos cours de sixième enfin) qui cherche sa fille Perséphone qui a été enlevé par Hadès le dieu des enfers qui veut l’épouser. Pendant son absence toute sa récolte pourrit et les gens crèvent la dalle. Sale histoire. En attendant je vois pas exactement le lien avec l’EP mais c’est sympa de leur part de nous planter un décor et de nous permettre de rêver.
 


 

Premier titre, Mistresses March. Lente procession à travers la pluie et la boue, parcourue d’éclairs. Et chaque fois que le courant traverse l’atmosphère saturée, une voix monstrueuse et dissonante retentit. Zeus en personne. Le rythme est saccadé, les agressions arrivent de tous les côtés. Le morceau est structuré en trois temps, comme trois sous-épisodes de la Marche, dont l’arrêt brusque laisse imaginer que les protagonistes ont soit atteint leur destination, soit succombé à toute cette adversité.
 

Second titre, Kykeon. Le kykeon dans la mythologie est une boisson populaire dont personne ne semble s’accorder sur la recette mais qui dans tous les cas implique vin et fromage râpé donc était probablement dégueulasse. C’est le titre le plus léger, toutes choses égales par ailleurs. Lamentation d’un petit synthé distordu, cri de détresse lancinant, qui émerge parfois de l’énorme masse des basses et se fait engloutir immédiatement ensuite, mais qui sonne comme un refrain qui donne une belle musicalité au titre.
 

Troisième titre, Ergot Kernel, claviceps en français, une sorte de champignon parasite du blé (les mecs partent vraiment loin, je te jure). Quand Hadès accepte de libérer Perséphone, il lui donne une grenade (le fruit). Si elle en mange elle doit lui appartenir quatre mois sur douze. Fin de l’épisode descente aux enfers de Perséphone, on rentre chez soi mais mange de la grenade, quelqu’un s’en aperçoit, et on se rend compte en même temps que la récolte de Déméter est complètement foutue. Parasité, saturé, strident, ce morceau ne termine pas l’EP sur une note exactement apaisante. C’est le happy end qui n’en est pas un, l’enchevêtrement perpétuel des histoires de famille mythologiques gangrénées par la libido et la jalousie.
 

Ça donne de quoi réfléchir, finalement. Ils auraient pu nous dire que l’EP était sur le thème de la vache folle, on aurait quand même trouvé le moyen d’écrire un article dessus, mais ça donne une perspective intéressante.
 

Dadub est un groupe à suivre de près, qui plonge tête baissée dans les projets expérimentaux et vous embarquent avec, qui réalise de magnifiques live au rythme soutenu et progressivement croissant, parcourus de motifs sonores lancinants qui foutent la chair de poule. Passez de bonnes fêtes !

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