Report – Berlin Atonal 2013 (samedi 27/07)

Je passais le week-end à Berlin pour ma petite cure semestrielle. Par une chance inouïe le festival Atonal qui avait cessé d’exister pendant vingt-trois ans a repris cette année, et exactement alors que je m’y trouvais.

Berlin Atonal, “a festival for new methods in sight + sound fut créé en 1982 par Dimitri Hegemann, et est l’un des premiers festivals de création audiovisuelle expérimentale tels qu’on compte à présent par dizaines dans chaque pays d’Europe (Sónar, Manifeste, Sonic Acts, Ars Electronica, la Foire du Trône, c’est pour voir si vous suivez, re-new …). Le festival a cessé d’exister en 1990 alors que Dimitri Hegemann a ouvert le Tresor.


Cette année le festival reprend, et investit grâce à Hegemann un lieu unique : l’ancienne centrale thermique sur Köpenicker Straße (Heizkraftwerk Mitte), en réalité juste au dessus du Tresor. Cette centrale avait été construite sur dans les années 60 en même temps que le Mur et se trouvait abandonnée et inutilisée depuis plusieurs dizaines d’années. On tombe alors complètement dans le cliché “Berlin” et de ce que le touriste comme moi vient y trouver : un espace industriel immense abandonné au coeur de la ville, recyclé en centre d’événements artistiques expérimentaux. Prodigieux.

Qu’on se le dise : Il s’agit d’un festival sérieux. Tu ne vas pas à l’Atonal pour serrer ou mouiller ton T-shirt. On est loin de Major Lazer au S­ónar (désolé mais je m’en remets pas). Une grande partie des gens sont posés sur le béton et écoutent. Applaudissements à la fin d’une belle performance, pas de cri ou de sifflement intempestif. L’espace d’acier et de béton, raide, froid et réverbérant, s’empare de la foule et la baigne dans un gigantesque champ sonore diffus. La foule n’est même pas dense tant l’espace est immense. Le second étage, où se trouvait la scène, peut accueillir 2000 personnes et on a largement la place. Illuminations sobres. Ambiance sombre et profonde, exactement ce que tu imagines lorsqu’on te dit “industriel – expérimental”.

On en revient toujours à la même conclusion qu’en Allemagne on sait traiter la musique avec sérieux. Le programme par conséquent n’est pas là pour déconner non plus : avec une double programmation jour / concerts en soirée, ponctuée d’installations audiovisuelles telles que celle-ci et d’afters au Tresor.
Je connais probablement 5% des noms sur la lineup donc je ne vais pas prétendre me délecter à les énumérer, mais je tiens à faire un petit report spécial de la soirée de samedi, qui par chance – encore – comportait 3/4 de noms connus, c’était inespéré.
1. 20:00 : Grün - je suis arrivé juste après, je n’en parlerai pas.
2. 21:00 : Dadub - duo italien pas si dub que ça, bien que tempo lent quand on peut parler de tempo. Aux tendances improvisation et expérimentation, leur live s’est caractérisé par de grandes séquences rampantes évoluant lentement, chargées de nappes graves chaudes et de cliquetis lugubres. Le volume immense de l’usine donnait à ces sons une touche de flou, au milieu duquel il était parfois difficile d’identifier ce qui venait originellement des hauts-parleurs. L’endroit s’est rempli lentement pendant ce live, ce qui permettait encore de circuler partout et d’apprécier l’évolution du champ sonore à travers cet espace. De la vidéo accompagnait la musique, évidemment atonale elle-aussi, sans couleur.

3. 22:40 : Murcof + Simon Geilfus (ANTIVJ) – Il est demandé au public de s’asseoir. Un grand écran en textile transparent (type moustiquaire) est tendu entre les artistes et nous. De cette façon on voit encore les têtes des deux artistes, entre l’écran de projection et le rideau noir derrière eux, sur lequel finissent projetés les rayons qui sont passés au travers. Un effet de 3D low-tech intéressant.

Incroyable spectacle. La vidéo est programmée et contrôlée en live pour être en totale adéquation avec la musique. La performance est fragmentée en 5 pièces, dans chacune desquelles le son et l’image suivent une unique trajectoire et explorent une idée. La musique est alternativement totalement abstraite ou menée par un beat lent, profond et torturé. La touche Murcof est là : emprunts d’éléments acoustiques à des instruments classiques, forte dose de tonalité (QUOI??) partiellement cachée et de longues phases mélancoliques, ou de séquences sonores lancinantes collant parfaitement avec cette ambiance industrielle. Pendant ce temps l’image explore un thème géométrique en évoluant en adéquation avec la musique. Sur le large écran, assis sur le sol dur, on oublie ses fourmis dans les jambes et on se perd dans des paysages stellaires, des ensembles de lignes lumineuses, ou des populations d’organismes circulaires qui se reproduisent par mitose. Un spectacle extraordinaire d’une bonne heure et quart qui a laissé tout le monde bouche-bée.


4. 00:00 : Voices From The Lake – Dans le même style que leur album, le duo italien nous a présenté un live dans ce style ambient/drone très en phase avec l’endroit. De longues montées en tension, des évocations fugaces de rythmes techno qui s’estompent dès qu’on parvient à les identifier, des inspirations tribales, un remarquable travail sur les couleurs sonores. La vidéo qui les accompagnait ajoutait à ces évocations mais d’une manière peut-être un peu cheesy et trop évidente (avec des vraies couleurs, quel scandale). Une fin de live peut-être un peu longue, les idées n’arrivaient pas à mourir, il y a eu un bon quart d’heure d’agonie avant la véritable fin du concert. Mais c’était encore une fois une très belle performance, que tout le monde a écouté très attentivement, et qui nous laisse évidemment sur notre fin à 1h – bon moment pour se glisser dans le début de la queue pour le Tresor juste en dessous (et y croiser d’ailleurs Apparat qui sortait avec ses potes, normal).

Un festival qui a la classe. Programmation hyper pointue composée presque exclusivement de lives, endroit à couper le souffle, atmosphère d’écoute captivée et non de frime de beauf. Longue seconde vie à ce festival.

Berlin Atonal 2013 – du 25 au 31 juillet 2013, Kraftwerk Berlin.

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