Après le N.A.M.E. #2014

La vraie rentrée a eu lieu le week-end des 19 et 20 septembre derniers à Lille (à Tourcoing, plus précisément). Vous étiez peut-être en compagnie de ces milliers de techno kids qui ne sentaient même pas le poids de leurs cartables, tant ils étaient contents de retrouver le chemin de cette école si particulière. On n’y apprend rien, si ce n’est comment absorber des kilos de son jusqu’à l’aube, ou que ça vaudra toujours le coup de faire 1500 km aller-retour depuis Lyon pour se faire retourner comme une frite par Marcel Dettmann ou Tale of Us. Bienvenue au N.A.M.E 2014.  
 
Parce qu’il y a aussi à Tourcoing ce genre de friches industrielles qui se prêtent si bien à accueillir les meilleurs artistes techno et leurs fans surexcités (ne pas se vexer si son petit protégé n’était pas programmé au N.A.M.E, la liste est loin d’être exhaustive). Vous aviez donc rendez-vous il y a un peu plus d’une semaine pour zouker avec Ten Walls, Tale of Us, Louisahhh!!!, Marcel Dettmann, Mind Against, Loco Dice, Laurent Garnier, Agoria, Ellen Allien et caetera.  
 
Parce qu’aux anciennes usines de La Tossée, il y avait aussi trois scènes aux mensurations plantureuses. Même s’il faut avouer qu’on s’est vite sédentarisés devant le sound system le plus musclé du site. Et après avoir poussé les portes du festival nordiste, on est donc directement allé prendre l’apéro avec Pachanga Boys. Tout le monde était convié sous cet immense barnum électronique pour se mettre en jambes. On était même heureux d’entendre Kerberos, le dernier Marc Romboy & Stephan Bodzin, au milieu du set atmosphérique de Pachanga. Mais pas de quoi nous faire résister longtemps à l’appel intempestif du tapage de pied.

Ten Walls.


On a donc pris la direction d’une scène où les mecs se sont dit qu’ils allaient mixer avec un marteau pendant deux jours. Et où ils se sont employés à rendre hommage à notre assiduité musicale, en balançant les dernières bombes sorties il y a quelques semaines. Et ce devant des milliers de fans fontaines prêts à se faire vaporiser à la première note brûlante de leurs sets explosifs. Il suffisait de se laisser porter par un Ten Walls en forme olympique, qui s’est payé le luxe de jouer trois versions différentes (encore heureux) de Walking with elephants, en passant par Gotham, Requiem, et même un &me – After dark, pour des adieux rafraîchissants en fin de set. Tout ça avant que la sacro-sainte paire d’artificiers qui répond au nom de Tale of Us (TOU) ne nous allume la mèche pendant deux heures.

Tale of Us.


On avait tout de même un peu peur que TOU nous sorte un genre de bouillabaisse moudubip, à bout de course après 60 dates en 62 jours partout dans le monde. Que dalle. Le duo d’Italiens nous l’a jouée all’arabbiata, pour 120 minutes d’un set endiablé. On a d’ailleurs docilement tendu l’oreille pour se délecter d’un petit Morphosis – Silent Screamer (ça commence souvent comme ça), avant le Primative People, ou encore de leurs synthés électriques et distordus, le tout reposant sur une rythmique techno qui nous a donné tout le long l’impression de danser sur de la lave. Et on a même pris soin de s’approcher un peu plus de la scène qui accueillait le Saint-Laurent G. A la toute fin de son set, lorsqu’il faisait frire une bonne tranche d’affolés de la night sur Crispy Bacon en passant la main à Agoria. Monsieur va bien et, rassurés, on a immédiatement fait demi-tour pour retrouver Mind Against sur la scène Life and Death.  
 
Mind Against, l’autre duo, a eu la savante idée de souffler sur le tapis de braises encore chaudes laissées par Tale of Us. Et comme mille phénix, nous sommes tous nés une deuxième fois cette nuit-là. Parce que les artistes du label (L&D) avaient eu la science d’harmoniser leurs passages sur scène. Si bien qu’aucun d’entre nous n’a pu redescendre sur Terre avant que Mind Against ait la décence d’appuyer sur OFF. A six heures pétantes. Seul regret dans la moiteur de l’aube ch’timi : un emploi du temps trop chargé qui ne nous a pas donné l’occasion de faire un crochet technoïde par le live de Recondite. Ce qui aurait pu s’avérer judicieux étant donné que le bougre sort un album en novembre (il nous consolera un dimanche aprem’ de novembre en famille au Sucre).

Marcel Dettmann


Le deuxième jour. La suite des événements. Le tome 2. Tellement on a aimé le premier volet, on a l’appréhension des enfants gâtés qui craignent d’être déçus. Peut-être aussi parce que des kilomètres de techno ça use, on angoissait de ne pas être dans l’humeur. Faux. C’est la magie de cette musique que nous écoutons qui nous dira le contraire. On a donc remis le cap sans rechigner sur ces hangars chaleureux à l’invitation de Clockwork and Avatism. Comme si rien ne s’était arrêté en douze heures. Et qu’on pourrait ressortir le même chapelet de superlatifs pour parler du délicieux tapage de Marcel Dettmann. Le moment du N.A.M.E 2014. Un épisode transcendantal qui a duré deux bonnes heures d’un set qui vous prend à la gorge dès le premier track. Tout en sachant que l’ami Marcel ne desserrera cette étreinte que lorsqu’il aura emmené son public en goguette sur la planète techno. Pour lui donner une idée de ce que ça donne tous les week-ends au Berghain. De quoi nous donner des envies d’Easyjet et de files d’attentes à perte de vue. Bref. On s’y serait cru.  
 
Il y avait aussi Loco Dice (qui a mis le feu avec Never grow old de Robert Hood) et Louisahhh!!! (même Brodinski pour ceux qui aiment) après tout ça. Et malgré tout leur bonne volonté, ils ont eu bien du mal à mous faire descendre de notre nuage berlinois. C’était David contre Goliath, un combat truqué, comme si tout prenait fin quand Dettmann levait les bras et qu’il nous disait : “Allez dodo”.  
 
N.A.M.E 2014 : Officiel / Facebook  
Crédits photographiques Maxime Chermat : Officiel / Facebook

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